Groupement National Interprofessionnel|des Semences et plants
0

Réponse ouverte à Kokopelli


3 octobre 2018

Cher Monsieur GUILLET,

Permettez-moi de répondre à la lettre ouverte que vous m’avez adressée hier.

Je suis désolé que notre vidéo vous ait mis dans un tel état mais je ne doute pas que grâce aux bons légumes qui vous entourent votre malaise n’aura pas duré.

Cependant, il ne suffit pas d’énoncer des idées ou des interprétations pour que celles-ci deviennent la réalité. Quelle est-elle ?

  • Concernant l’article 14 quater a, je vous invite à vous rapprocher de votre avocate qui l’a inspiré, puisque vous n’avez pas su le lire. En effet, l’article du Code rural réservé jusque-là aux dons et aux échanges et dans lequel la vente a été introduite, prévoit bien, non seulement qu’il n’y ait plus d’inscription au Catalogue, mais également que les contrôles de qualité, par exemple sur la germination, n’auront plus lieu.
  • Concernant d’ailleurs ce « fameux » Catalogue, vous n’ignorez pas que le GNIS n’intervient pas dans son fonctionnement, et qu’il a été créé bien avant la création du GNIS en 1962.
  • Je ne veux pas douter de la qualité des semences de Kokopelli, mais ce sont les associations de jardiniers elles-mêmes qui réclament cette garantie sur la germination et rien ne vous permet d’affirmer que toutes les personnes qui vendent des semences sont toutes aussi rigoureuses sur la germination. Je vous rappelle que l’on s’aperçoit malheureusement trop tard qu’une graine ne germe pas, en tout cas sûrement pas au moment où on l’achète.
  • Toujours si vous vous faites expliquer cet article, vous verrez que si les contrôles sanitaires sur la sélection et la production sont maintenus, il n’y en a plus sur la commercialisation. Là encore, vous faites preuve d’un angélisme dangereux pour les jardiniers et leur jardin en laissant croire que les maladies choisissent bien évidemment de se mettre dans les graines des « gros » semenciers et pas dans celles de Kokopelli ou de n’importe quel vendeur sur Internet. Je reste toujours étonné de votre foi, très américaine, dans la loi du marché et le capitalisme sauvage non régulé par l’Etat.
  • A la biodiversité des maladies le GNIS préfère la biodiversité des plantes et des acteurs. C’est pour cela que dans le plan de filière semences et plants, il s’est engagé à demander au niveau français et européen de faciliter les conditions d’inscription au Catalogue, de réfléchir à la mise en place d’une nouvelle liste qui accepterait le matériel hétérogène, de demander la gratuité de l’inscription de ces listes particulières, de faciliter la reprise de la maintenance de variétés qui risqueraient de disparaître.
    Par ailleurs, soucieux de soutenir la diversité génétique mondiale et nationale, le GNIS s’est engagé à verser 350 000 € par an pour soutenir cette conservation des ressources génétiques qui pourraient disparaître et le versement 2018 a été fait. Enfin, concernant les acteurs, il s’est engagé à demander l’assouplissement des conditions de production de semences par les artisans semenciers.
  • Concernant la représentativité du GNIS, l’interprofession des semences et plants compte 41 fédérations et le syndicat des entreprises semencières, l’UFS, n’est qu’une de ces 41 organisations.
  • Sur ce sujet par ailleurs, des associations comme Jardinot, qui compte 45 000 adhérents, la Fédération Nationale des Jardins Familiaux et Collectifs, qui compte 20 000 adhérents, et la Société Nationale d’Horticulture de France se sont exprimées en faveur d’un minimum de règles notamment sanitaires ; leur légitimité à parler au nom des 10 millions de jardiniers n’est sûrement pas moindre que celle de votre entreprise associative.

Pour toutes ces raisons, il est du rôle du GNIS de porter aussi la voix des jardiniers amateurs et d’alerter sur cet article qui portera préjudice aux citoyens recherchant des variétés précises et des semences de qualité.

Je suis bien évidemment à votre disposition pour en parler, et je vous souhaite un bon rétablissement.

François BURGAUD
Directeur des Relations Extérieures