L'interprofession des semences et plants
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Zones humides : de nombreuses espèces prairiales pour réussir la transition agroécologique

03 décembre 2020

Les prairies, qu’elles soient naturelles ou temporaires, en agriculture conventionnelle comme en bio, jouent un rôle essentiel dans la gestion de l’eau. Elles ont également une fonction de premier ordre dans l’hébergement et la sauvegarde de la biodiversité (végétale et animale). Mais il ne faut pas oublier un autre aspect trop souvent laissé en arrière-plan et pourtant fondamental qui est celui de nourrir l’humanité via la pratique de l’élevage. Fétuque des prés, fétuque élevée, fléole et ray-grass anglais constituent le premier outil pour une bonne gestion agroécologique des prairies humides.

Prairies bien exploitées vers une transition agroécologique réussie

La nature fait bien les choses ! Qualité de l’eau, biodiversité et pratique de l’élevage sont plus que compatibles, elles coexistent en synergie ! En effet une prairie exploitée de façon soutenue, en conventionnel comme en bio, est le meilleur épurateur de l’eau. Elle facilite l’infiltration de l’eau dans le sol plutôt que le ruissellement en surface. De plus, une végétation active et poussante consomme les nitrates produits par la minéralisation de la matière organique grâce à l’activité biologique du sol. Dans le cas d’une prairie sous exploitée ou en friche, avec une herbe haute et épiée, les nitrates produits par le sol ne sont pas consommés et se retrouvent alors dans les eaux de lessivage. Ainsi une prairie sans engrais et mal exploitée peut « polluer » plus qu’une prairie intensive et fertilisée. Il est de première importance de maintenir les zones humides en prairie bien exploitée. Les risques sont l’abandon, la friche ou la plantation de peupliers.

Prairies bien exploitées pour assurer la durabilité de l’exploitation

Il est essentiel de maintenir l’élevage dans les zones de prairies humides pour conserver la biodiversité et des zones ouvertes. Pour cela, il faut que l’élevage soit rentable économiquement et la prairie facile d’exploitation. Pour obtenir ce résultat, il convient que la flore soit productive, appétente, de bonnes valeurs alimentaires et bien exploitée (en conventionnel comme en bio). La végétation doit également être maintenue courte au pâturage, entre 5 et 15 cm, de préférence en pâturage tournant, avec un déprimage au printemps, le plus tôt possible, dès que la portance du sol le permet. La surface de la prairie doit être la plus plane possible pour éviter un couvert en touffe d’où l’intérêt du hersage ou du roulage et d’un entretien régulier. Les plantes refusées par les animaux doivent être contenues sinon elles se reproduisent et occupent de plus en plus de place, réduisant ainsi l’appétence et la valeur alimentaire de la prairie.

Si la présence de plantes intéressantes est insuffisante, il est possible de sursemer avec un semoir à disques. Les espèces adaptées aux prairies humides sont la fétuque des près, la fétuque élevée, la fléole. On peut aussi joindre une proportion de ray-grass anglais qui va occuper la strate inférieure du couvert, gazonner et réduire les dicotylédones indésirables. Deux légumineuses sont adaptées aux zones humides et permettent de pouvoir amener de la souplesse d’exploitation ou de constituer des stocks d’herbe de qualité : le trèfle hybride et le trèfle violet. Le site www.herbe-book.org est à la disposition de chacun pour vous informer sur les caractéristiques des espèces et des variétés.

Prairies bien exploitées : le mode d’emploi du sursemis

Pour réussir le sursemis, il y a 10 points essentiels à respecter :

  • Analyser la situation, éliminer la ou les causes de dégradation.
  • Intervenir sur une végétation rase.
  • Ouvrir le sol et positionner la graine dans la terre (et non dans la matière organique que l’on a en surface).
  • Gérer la profondeur de semis : 1 cm.
  • Refermer le semis par un passage de rouleau ou par le piétinement des animaux.
  • Observer la levée. Si l’ancienne végétation pousse trop vite et risque d’étouffer le jeune semis, il est nécessaire de faire pâturer pour permettre à la lumière d’arriver jusqu’aux jeunes plantules.
  • Ne pas fertiliser tant que la nouvelle végétation n’est pas installée pour ne pas favoriser l’ancienne flore.
  • Trois périodes de sursemis sont à retenir : au réveil de la végétation (avril), surtout s’il y a eu des vides dans le couvert pendant l’hiver, mi-mai derrière un ensilage ou un enrubannage et enfin au mois d’août. En effet, en fin d’été, la terre est chaude et la végétation initiale est moins poussante et compétitive.
  • Attention ! En prairie humide, l’agrostide stolonifère est très présente. Cette graminée libère des toxines allélopathiques qui inhibent la germination. En cas de présence d’agrostide, il faut le réduire par un hersage dynamique en été, puis attendre le printemps suivant avant de sursemer.
  • Lors du sursemis avec un semoir à disques, il faut veiller à ce que le sillon ne soit pas lissé, comme ce que fait la truelle sur du ciment, car la graine peut alors germer sans ensuite pouvoir ancrer ses racines et meurt.

Prairies bien exploitées en semant la bonne espèce

Pour réussir, surtout en prairies humides, il est nécessaire de bien connaître les caractéristiques des espèces adaptées à ce biotope.

LA FETUQUE ELEVEE : la fétuque élevée est l’espèce la plus rustique. Très productive, elle est un excellent piège à nitrates. Elle résiste aux conditions extrêmes : chaleur, froid, sécheresse et inondation. Elle démarre tôt au printemps et ne cesse de produire que très tard à l’automne. Le manque d’appétence des écotypes sauvages a été très atténué par le travail de la sélection qui a créé des variétés à feuilles souples et plus appétentes. Sa valeur alimentaire est inférieure aux autres espèces mais sa vitesse de séchage en fait une plante de fenaison idéale. Pour bien choisir, il existe pour cette espèce 45 variétés et 12 critères variétaux différents.

LA FETUQUE DES PRES : la fétuque de près est très distincte de la fétuque élevée. Elle est la graminée la plus riche en valeur alimentaire. L’appétence est moindre que le ray-grass anglais, mais elle n’est pas pénalisée par la chaleur comme c’est le cas pour le ray-grass anglais. De plus, elle supporte une submersion prolongée. Elle permet donc un pâturage de qualité en été en zone humide, alors que les autres prairies sont en difficulté de production. Pour cette espèce il existe 10 variétés et 9 critères variétaux différents.

LA FLEOLE DES PRES : espèce très productive, très tardive à l’épiaison. Elle permet donc de faire des fauches tard en saison, tout en disposant d’une bonne qualité. Elle peut aussi être pâturée. Elle résiste très bien aux excès d’eau. Le choix peut se porter sur 7 variétés et 12 critères variétaux différents.

LE RAY-GRASS ANGLAIS : cette espèce est naturellement moins résistante aux excès d’eau mais va permettre de conforter les autres espèces lors de l’implantation, vu qu’elle s’implante très vite. Sa productivité, son appétence et ses valeurs alimentaires sont excellentes. En zone humide, le ray-grass anglais va gazonner et ainsi mieux contenir le développement des plantes adventices. Il existe pour cette espèce un très grand choix avec 145 variétés et 15 critères variétaux différents.

LE TRÈFLE HYBRIDE : légumineuse adaptée aux sols humides, acides et compactés et au pâturage comme à la fauche. Il faut néanmoins préciser qu’il y a un risque de météorisation en cas de surabondance. La pérennité est de 2 à 3 ans. Pour le moment le nombre de variétés est restreint.

LE TRÈFLE VIOLET : légumineuse adaptée aux zones humides, plutôt pour la fauche ou au pâturage si le trèfle est diffus dans un mélange. Très productif et de bonnes valeurs alimentaires, la pérennité est de 3 ans environ. Pour cette espèce le choix pourra se porter sur 27 variétés et 9 critères variétaux différents.

Pour connaître tous les critères variétaux de ces différentes espèces et afin de choisir la ou les meilleures variétés adaptées à votre situation et à vos objectifs précis, une visite du site www.herbe-book.org s’impose !

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