Groupement National Interprofessionnel|des Semences et plants
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Pérennité des prairies : comment maintenir longtemps la prairie a un bon niveau de qualité

19 novembre 2020

Lorsque l’on a une belle prairie naturelle ou lorsque l’on a semé une prairie temporaire, l’on espère bien sûr la conserver longtemps à un haut niveau de qualité.

Mais comment définir une prairie de qualité ? L’on peut qualifier une prairie de bonne qualité lorsqu’elle est productive, de bonnes valeurs alimentaires, composée d’une flore adaptée à l’usage et au type d’animaux. Sa période de production doit être en adéquation avec les besoins du troupeau ou le mode d’exploitation lorsque l’on produit des fourrages à conserver. Enfin, elle doit s’intégrer dans l’ensemble du système fourrager.

Pour éviter que la prairie ne se dégrade, il faut être vigilant sur 10 points.

Éviter le surpâturage ou la fauche trop rase

A la base de la tige de la graminée, au niveau du plateau de tallage, se situent les réserves glucidiques de la plante. Cette dernière en aura besoin pour refaire de nouvelles feuilles après chaque exploitation. Si l’on « entame » ses réserves en coupant ou en faisant pâturer trop ras, la graminée va s’épuiser et se nanifier. Cette situation favorise également l’invasion d’adventices. La végétation en permanence rase présente, en outre, un enracinement peu profond et donc une sensibilité accrue à la sécheresse et à l’arrachement. L’on estime les seuils minimums d’exploitation à 5 cm pour le pâturage et à 8 cm pour la fauche. Enfin, il est à noter que c’est la partie supérieure de la plante qui a le plus de valeur pour l’animal !

Éviter le sous pâturage

Une herbe pâturée trop haute (+ de 20 cm) est sensible au piétinement. Il y a non seulement du gaspillage, mais une végétation haute réduit le tallage, ce qui favorise l’arrivée des adventices. Le sous pâturage conduit à une proportion importante de feuilles vieillissantes, ce qui nuit à l’appétence et à la valeur alimentaire. D’autre part, les plantes les moins appétentes et donc refusées, vont pouvoir se reproduire, donner des graines et occuper ainsi de plus en plus d’espace. En cas de gestion de stocks sur pied pour le pâturage, il est conseillé d’organiser un pâturage au fil avancé chaque jour.

Favoriser le déprimage

Le déprimage consiste à faire pâturer tôt au printemps, dès que la végétation redémarre après l’hiver. Cette dormance est levée dès que la somme de température atteint 200° (base zéro au 1er janvier). De plus, la végétation ne sera poussante que si la température dépasse 5 à 8° selon les espèces (par exemple 6° pour les fétuques élevées et 8° pour les ray-grass anglais). Un pâturage précoce provoque alors le remplacement des vieilles feuilles par des nouvelles feuilles saines et vigoureuses. La lumière parvient mieux au pied de la plante qui talle davantage. Faire taller doit être le leitmotiv de la bonne gestion de la prairie. La talle a une durée de vie restreinte, 14 à 16 mois, même chez des espèces pérennes comme le ray-grass anglais. C’est donc taller ou disparaître ! Le déprimage amène au moins 1 tonne de matière sèche en plus sur l’année, un gain de valeur alimentaire et un bon moyen pour réduire les plantes adventices.

Éviter le piétinement en mauvaises conditions

La portance du sol est souvent le facteur limitant du pâturage, tôt au printemps ou à l’automne. En cas de mauvaise portance, le piétinement provoque la mort d’une partie des plantes. Les trous dans le sol laissés par les « pieds » des animaux vont influer la morphologie du couvert qui va se constituer en touffes, ce qui réduit la productivité, l’appétence et favorise certaines espèces comme le rumex. Le sol de la prairie doit être le plus plat possible. C’est l’utilité du hersage ou du roulage.

Favoriser une bonne activité biologique du sol

Une bonne activité biologique du sol est essentielle pour nourrir la flore. Vers de terre, bactéries, champignons vont permettre de recycler la matière organique d’origine végétale ou fécale en éléments minéraux pour nourrir les plantes. Cette activité biologique peut être entravée si le pH est bas, si le sol est trop humide ou inondé ou tassé en surface. De même, il faut également éviter une accumulation de matière organique morte en surface. En effet, ce mulch constitue une barrière entre l’air du sol et l’air atmosphérique. Le rôle du ver de terre est fondamental car il brasse les différents horizons du sol (300 à 500 tonnes de terre sont ainsi brassées par an et par hectare !). De plus, les galeries laissées par le ver de terre permettent d’aérer le sol et de le drainer, favorisant ainsi un enracinement plus profond.

Favoriser une flore adaptée à l’objectif d’exploitation

Certaines plantes sont favorisées par le pâturage fréquent et n’aiment pas être fauchées. Pour d’autres, c’est l’inverse ! En prairie naturelle, le problème se pose lorsque la prairie change d’utilisation, prairie habituellement pâturée convertie en prairie de fauche, ou l’inverse. En prairie semée, l’usage prévu est l’un des premiers points à considérer lors du choix des espèces.

Raisonner la fertilisation et contrôler le pH

Pour produire une tonne de matière sèche, il faut 25 unités d’azote, 8 de phosphore et 28 de potasse. Attention, ce n’est pas la préconisation d’apport ! Il faut tenir compte du fait que le sol en procure, qu’il y a des déjections d’animaux et que les légumineuses fixent l’azote de l’air. Il faut donc bien raisonner les apports, tenir compte de la présence des animaux et des zones où il y a davantage de déjections. En prairie de fauche, les exportations sont importantes et doivent être compensées par des effluents ou des engrais minéraux. Le pH influence beaucoup l’activité biologique du sol. Souvent, un petit chaulage fait réapparaître le trèfle blanc qui constitue un véritable moteur de la prairie.

Surveiller la sénescence simultanée des plantes

En prairie temporaire, toutes les plantes ont forcément le même âge. Si l’espérance de vie est similaire, il est normal que les plantes s’affaiblissent et disparaissent, remplacées par une flore spontanée moins performante. C’est un critère de choix des espèces lors du semis : 3 ans pour le ray-grass hybride, 5 pour le ray-grass anglais, 8 à 10 pour la fétuque élevée.

Attention aux accidents d’exploitation

Rouler sur l’herbe gelée, laisser des « boules » trop longtemps, piétiner les plantes gelées ou épandre du fumier mal émietté, est préjudiciable à la pérennité de la prairie. En effet, par exemple, sous les boules de foin ou d’enrubannage, les plantes vont mourir et après enlèvement de celles-ci, les orties vont se développer. De même, si l’apport de fumier est bénéfique, il faut raisonner sa quantité et sa qualité ainsi que sa répartition en tenant compte des zones où il y a déjà plus ou moins de déjections apportées par les animaux. Le fumier ne doit être ni trop frais ni trop pailleux.

Gérer les aléas de l’année

Grand froid, sécheresse, inondation exceptionnelle ou dégâts occasionnés par des ravageurs (sangliers, taupes, rongeurs), tout ceci constitue des événements regrettables qu’il est difficile d’éviter. Il faut néanmoins savoir être réactif et entretenir la prairie lorsque le besoin s’en fait sentir. En passant un rouleau ou une herse par exemple ou en semant ou sursemant pour assurer la présence d’espèces souhaitées et limiter le développement d’espèces indésirables (mouron, rumex, pâturins annuels…).

Comprendre et éliminer la ou les causes de dégradation est la première voie d’amélioration de la prairie. Le mode d’exploitation et en particulier le déprimage, le respect des hauteurs d’exploitation, l’alternance fauche/pâture, vont impacter également la pérennité et la qualité de la prairie. De même, tous les moyens d’’entretien : hersage, roulage, gestion des refus, constituent des facteurs d’amélioration des prairies s’ils sont réalisés à bon escient. Enfin, il est nécessaire d’être opportuniste et de penser parfois à semer ou sursemer sa prairie. Les techniques de semis ou sursemis permettent d’avoir des plantes à haut potentiel, dont on connaît les caractéristiques. En prairie, 20 espèces et 700 variétés sont disponibles. Les sites www.prairies-gnis.org, www.herbe-book.org et www.herbe-actifs.org sont des sources d’informations et des outils d’aide à la décision à la disposition de tous.

Un dernier conseil pour la fin

La pérennité des prairies dans un système fourrager dépend de l’aménagement du parcellaire. Il est donc nécessaire de bien raisonner le découpage des parcelles, la disposition des points d’eau et les chemins d’accès faciles pour les animaux. L’on peut aussi penser aux périodes de canicule en ayant une partie de la surface arborée d’arbres « parasols » pour le confort des animaux. Ou bien, également prévoir de disposer d’une petite surface pour y mettre les animaux lorsqu’il y a un risque d’abimer les parcelles.

L’assainissement, le curage des fossés ou la réalisation de rigoles pour gérer les excès d’eau influent aussi positivement sur la qualité de la flore des prairies.

La performance et la pérennité de la prairie sont multifactorielles. La mise en œuvre de tous ces moyens d’amélioration demande peu ou pas d’investissements mais apporte des améliorations conséquentes.

 

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