Groupement National Interprofessionnel|des Semences et plants
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Les cultures dérobées pour ovins

18 juin 2020

La pratique du pâturage des terres cultivées par les ovins est très ancienne, probablement née avec l’agriculture, il y a 10 000 ans. Faire pâturer des céréales avant la montaison, consommer les restes des végétaux et les adventices après récolte ou bien encore pâturer des plantes fourragères semées en intersaison, entre deux cultures principales, les exemples sont multiples.

Un pâturage utile dans les champs cultivés

Le mouton avait ainsi une fonction agronomique essentielle dans les cultures en nettoyant les parcelles, en restituant des crottins et en ayant un effet positif sur le sol par le piétinement. Souvent, le berger proposait ses prestations aux cultivateurs et excellait dans la conduite du troupeau dans des plaines ouvertes.

Puis, les progrès de la mécanisation, de la fertilisation, l’agrandissement des exploitations et la raréfaction de la main d’œuvre ont fait disparaître, ou du moins raréfier, ces pratiques pastorales.

Aujourd’hui, l’enjeu est de parvenir à concilier les préoccupations agronomiques, zootechniques, environnementales et économiques.

Introduire la ou les bonnes espèces en intercultures

Les intercultures peuvent contribuer à nourrir le troupeau, à faible coût, une partie importante de l’année. De plus, le risque de parasitisme est quasiment nul du fait que les animaux pâturent sur des parcelles cultivées saines. Pour les espèces pour lesquelles les ovins ne consomment que les feuilles, la plante peut continuer son rôle concernant d’autres aspects agronomiques tels que couverture de sol, limitation de l’érosion, effet des racines sur la structure du sol, absorption des nitrates. Au contraire, sans pâturage, l’enfouissement d’une quantité trop importante de matières végétales peut être préjudiciable en asphyxiant la vie du sol. Les animaux permettent de réduire la quantité de matière et produisent, par leurs déjections, un retour des matières fertilisantes inoculées avec les micro-organismes de la flore intestinale. Les ovins ont d’ailleurs la particularité de bien répartir leurs déjections sur la surface pâturée.

Il est possible d’adopter de nombreuses espèces de plantes : au moins 25 ! Ces dernières peuvent être utilisées en espèce seule ou associées entre elles. Pour les choisir, il y a des questions simples à se poser :

  • Où se situe la parcelle par rapport au corps de ferme ou à une prairie que les animaux connaissent ?
  • A quelle date se libère la parcelle et donc quand va-t-il être possible de semer la culture dérobée ?
  • Quand envisage-t-on d’exploiter le couvert ? (dès la fin d’été, en hiver, au printemps ou à plusieurs de ces périodes).
  • Comment va-t-on exploiter le couvert ? (pâturage, affouragement, ensilage).
  • Pour le pâturage : sera-t-il libre ou au fil ou au filet avancé chaque jour ?
  • Comment envisage-t-on de détruire la plante ? (par labour, par destruction chimique, grâce au gel ou par l’exploitation du couvert).
  • Y a-t-il d’autres objectifs que la production d’un fourrage pour des ovins ? (objectifs : agronomique, mellifère cynégétique, environnemental ou enfin pour la gestion de l’eau).

Il est donc essentiel de connaître les plantes utilisables, leurs contraintes climatiques, leur insertion dans la rotation.

  • Le SORGHO : il existe des variétés monocoupes et multicoupes. Attention les repousses du sorgho multicoupe peuvent être toxiques jusqu’à une hauteur de 60 cm. On préférera surtout la fauche, ensilage ou enrubannage. A semer très tôt début juillet. Supporte très bien le sec et exige de la chaleur. Appétant mais de valeurs fourragères faibles. 20 kg de semences par ha.
  • Le CHOU FOURRAGER : très bonnes appétence et valeurs alimentaires. A semer jusque fin septembre, non gélif, plante détruite par le pâturage, utilisation uniquement en pâturage durant l’automne et l’hiver jusqu’en mars. 5 kg de semences/ha.
  • Le RADIS FOURRAGER : plante à implantation rapide. Semis jusque fin septembre, plante détruite par le pâturage, utilisation uniquement en pâturage de l’automne jusqu’au milieu de l’hiver. 10 kg de semences par ha.
  • La NAVETTE FOURRAGERE : rapide d’installation. Semis jusque fin septembre, bonnes appétence et valeurs alimentaires, utilisation uniquement en pâturage et ce jusqu’au printemps. Certaines variétés sont anti nématodes. Plante peu gélive. 10 kg de semences par ha.
  • Le NAVET FOURRAGER : rapide d’installation. Semis jusque fin septembre, plante détruite par le pâturage. Utilisation possible uniquement en pâturage. 10 kg de semences par ha.
  • Le RAY-GRASS ITALIEN ALTERNATIF : semis le plus tôt possible. Monte en épi dès l’automne, donc attention à la dissémination. Résiste au gel. Peut être pâturé ou enrubanné. Difficile à détruire : exige labour ou désherbant total systémique. Risque de pénaliser la culture suivante par sa consommation en eau. Appétant et bonnes valeurs alimentaires. 20 kg de semences par ha.
  • LE RAY-GRASS ITALIEN NON ALTERNATIF : ne produit que des feuilles à l’automne, puis monte en épi au printemps. La plante résiste au froid et a de bonnes valeurs alimentaires. Convient au pâturage d’automne et d’hiver. Au printemps, peut être fauché ou pâturé. Difficile à détruire : exige labour ou désherbage systémique total. Attention à la dissémination des graines en année N+1. Consomme beaucoup d’eau, ce qui risque de pénaliser la culture suivante. 20 kg de semences par ha.
  • Le POIS FOURRAGER : existe en variétés de printemps pour une utilisation dès l’automne ou d’hiver pour une utilisation au printemps. Appétant, productif, bonnes valeurs alimentaires. Pour le pâturage ou la fauche. Plante à associer avec une céréale. 80 kg de semences par ha.
  • Le POIS PROTEAGINEUX : moins productif en biomasse que le pois fourrager mais plus productif en graines. Existe en variétés d’hiver et de printemps. Le choix se fait en fonction de la date prévue d’utilisation. Très bonnes valeurs alimentaires et bonne appétence. A associer avec une céréale. Peut être ensilé ou pâturé. 80 kg de semences par ha.
  • L’AVOINE RUDE : appelée également avoine diploïde ou brésilienne. Plante gélive présentant peu ou pas de maladie. Peut être fauchée ou pâturée tout l’automne et en hiver doux. 40 kg de semences par ha.
  • L’AVOINE : existe en variétés d’hiver et de printemps. Le choix se fait en fonction de la période d’utilisation. Peut être fauchée ou pâturée. Plante sensible aux rouilles. Bon impact sur l’animal et sur la structure du sol. 80 kg de semences par ha.
  • Le SEIGLE : A semer tôt, puis pousse l’hiver, ce qui permet de le faire pâturer. Au printemps : ensilage mais les tiges sont grosses et parfois difficiles à consommer. 80 kg de semences par ha.
  • Le SEIGLE FORESTIER : espèce très productive, qui talle beaucoup. A semer en septembre, puis à faire pâturer l’hiver. Au printemps, produit un fourrage très abondant pour être fauché. Restructure bien le sol, sans l’assécher au printemps. 25 kg de semences par ha.
  • Le COLZA FOURRAGER : différent du colza oléagineux, car plus productif en biomasse. Très bonnes valeurs alimentaires. Repousse peu après une exploitation. Faire pâturer lorsque la plante a déjà un peu vieilli, et ce durant tout l’hiver. A noter que les repousses de colza après la moisson peuvent aussi être pâturées. Dose de semis : 10 kg/ha.
  • Le MOHA : graminée qui doit être semée tôt, début juillet car exige de la chaleur, mais résiste bien à la sécheresse. Peut être fauché ou pâturé, mais ne repousse pas ensuite. Faible valeur alimentaire. Plante gélive. Dose de semis : 30 kg/ha.
  • Le MILLET PERLE : graminée qui doit être semée tôt, début juillet. Contrairement au moha, le millet repousse après chaque exploitation. Valeur alimentaire faible. Dose de semis : 20 kg/ha.
  • Le TREFLE INCARNAT : plante qui peut être pâturée sans risque de météorisation. A l’automne, elle gazonne et ne peut être fauchée. Au printemps, elle convient tant à la fauche qu’au pâturage. Laisse un reliquat azoté intéressant. Bonnes appétence et valeurs alimentaires. Dose de semis : 20 kg/ha.
  • Le TREFLE d’ALEXANDRIE : espèce gélive, de très bonne valeur alimentaire. Améliore la structure du sol. Non météorisant, convient tant à la fauche qu’au pâturage. Restitue un reliquat azoté intéressant pour la culture suivante. Dose de semis : 20 kg/ha.
  • La VESCE COMMUNE : il existe des variétés de printemps et d’hiver. Bonnes productivité et valeurs alimentaires. Implantation assez lente et attention aux limaces. Dose de semis : 50 kg/ha.
  • La VESCE VELUE : bonnes valeurs alimentaires et appétence. Dose de semis 50 kg/ha

Deux points-clés essentiels pour réussir :

    • La qualité de la semence : la qualité des semences utilisées est essentielle. La réussite est directement liée à la bonne couverture du sol et donc à la bonne germination. Par ailleurs, la qualité de la semence doit garantir l’absence de graines de plantes indésirables qui risqueraient d’empoisonner les animaux et de polluer les cultures suivantes. Les semences certifiées et les contrôles officiels assurent ce haut niveau de qualité. Pour être commercialisées, les semences doivent satisfaire à des règles précises qui assurent qualité, traçabilité et information des utilisateurs.

 

    • La qualité de l’implantation : après une céréale, il est important de ne pas déchaumer trop profond ou d’utiliser un semoir type semis direct. Tout se joue à l’implantation ! D’une façon générale, semer le plus tôt possible, faire un peu de terre fine, enfouir légèrement les semences et rouler. Certaines espèces (à graines lourdes) peuvent être semées à la volée. Il faut alors herser ensuite, puis rouler. Les doses préconisées de semis doivent être respectées. En cas de semis de plusieurs espèces, semer au prorata des doses en pur.

 

Pour vous aider à bien choisir : l’interprofession des semences et plants (GNIS) propose, sur simple demande, un outil d’aide à la décision de type réglette qui intègre les questions et réponses pour choisir les espèces de cultures dérobées fourragères les mieux adaptées à votre situation.

 

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Contacts :

Bruno OSSON
Technicien Développement
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bruno.osson@gnis.fr

Rosine DEPOIX
Chargée de mission médias
01 42 33 88 29 – 06 66 46 74 70
rosine.depoix@gnis.fr