Groupement National Interprofessionnel des Semences et plants
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Enherber pour ne pas désherber

Novembre 2015

L’interdiction de l’usage des produits phytosanitaires par les collectivités locales va s’imposer à tous au 1er janvier 2017. Parmi les solutions déployées l’enherbement offre de très nombreux avantages. Pratique, bon pour la biodiversité, apprécié des citoyens, il est déjà largement mis en pratique, y compris dans des zones délicates, comme les cimetières.

En bordure du périphérique parisien, le cimetière de Montrouge est le plus grand espace vert de la commune. Le projet d’engazonnement engagé en 2011 s’inscrit dans la politique environnementale de la ville, menée sous l’impulsion de Carole Hirigoyen, élue en charge de l’Agenda 21 et des espaces verts. Parmi les objectifs figurait le passage au zéro pesticides au 1er janvier 2014, ce qui a été réalisé.
Mais l’essentiel réside dans la volonté de donner à cet espace très minéral un aspect paysager, et à en augmenter la biodiversité végétale et animale.

© Terre-écos

Un exemple d’approche durable : l’engazonnement du cimetière de Montrouge

Le projet à été mené en deux temps. De 2011 à 2013, 5 000 m² d’allées secondaires ont été engazonnées et des prairies fleuries ont été mises en place, notamment dans le cimetière des enfants. La seconde phase est en cours avec, d’ici à 2018, l’engazonnement de l’intérieur des divisions, soit près de 4 400 m². Le projet est conduit par Nicolas Noizet, responsable du service espaces verts de la ville de Montrouge. « D’un espace dense, minéral, le cimetière est devenu un lieu verdoyant, favorable à la biodiversité. Les agents y travaillent avec plus de plaisir, davantage dans l’esprit d’un jardin » explique l’ingénieur paysagiste.
Il a d’abord pensé l’aménagement général du cimetière. Les outils agronomiques sont venus dans un deuxième temps.

La fétuque ovine alliée de l’enherbement

Engazonner, oui, mais avec quelle espèce ou quelle plante ? « L’idée de végétaliser est née de l’observation des allées désherbées où la principale végétation résistante poussant à l’état spontané était une fétuque ovine. L’option a donc été prise de semer avec un mélange constitué majoritairement de petites fétuques, ovine et rouge gazonnante. Elles sont à la fois résistantes aux maladies, adaptées à la pauvreté du sol et ne nécessitent guère qu’une fertilisation potassique par an », répond Nicolas Noizet. Autre avantage : la fétuque rouge gazonnante capte trois fois plus de carbone que les autres graminées, lesquelles sont en moyenne aussi efficaces qu’un hectare de conifère.
Inscrit dans une démarche durable, l’aménagement du cimetière s’est aussi caractérisé par l’apport d’un substrat d’argile, de matière organique et de champignons mycorhiziens sur les allées qui étaient désherbées. Ce substrat assure à la fois la rétention d’eau, la correction en éléments nutritifs des sols et l’implantation rapide du gazon.

« D’un espace dense, peu verdoyant, le cimetière est devenu un lieu agréable, favorable à la biodiversité »

Des agents fiers de leur travail

Comment le public a-t-il réagi à ces évolutions ? « Nous avons eu des interrogations au début, reconnaît Nicolas Noizet, notamment par rapport aux prairies fleuries implantées dans le cimetière des enfants. Les agents, formés dans le cadre d’une charte à l’éco-gestion responsables des espaces verts sont à même d’expliquer ce qu’ils font. Ils en sont même fiers. Des panneaux d’information, des communications sur le journal local ont également permis d’éclairer le public. » Volet non négligeable, l’économie est au rendez-vous. L’investissement lié à la mise en place du gazon s’est établi à 4 500 euros, soit 2,72 € par m². L’entretien ne demande ensuite pas davantage de temps de travail.

DECRYPTAGE

Interdiction d’utiliser les produits phytosanitaires

La loi n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, adoptée le 22 juillet est parue au JO du 18 août. Et avec elle, les modifications apportées à la loi Labbé et au code rural. L’article 68 stipule ainsi l’interdiction au 1er janvier 2017 de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques par les collectivités locales. Les maires pourront prendre des arrêtés spécifiques en cas d’atteinte à la sécurité publique. Ils restent dans l’attente de précisions sur de possibles exceptions, concernant notamment les cimetières et les terrains de sport.

 

CONTACT

Julien Bouffartigue

Secrétaire général de la Section Semences fourragères et à gazon – Gnis