La contribution du traitement des semences

La contribution du traitement des semences

avril 2004

Une décision de justice, une mesure ministérielle, un épais fond de polémique sur le traitement des semences, des débats s'emballent à coups d'arguments tour à tour techniques, économiques, politiques. Et le plus souvent passionnels -donc brouillés.
Ils rejettent en même temps des années de recherche au service d'une agriculture à la fois plus sûre, plus respectueuse de l'environnement et de la santé de l'agriculteur.
Quelques rappels s'imposent.

Fleur de tournesolTout d'abord, la terre cultivable est un bien rare : sur les cinq continents, seuls 20 % des terres peuvent nourrir l'homme et le bétail, le reste étant soumis à la sécheresse ou à l'acidité.

Indispensable à la croissance des plantes, l'eau est encore plus rare. 97% de cette ressource sont salés et 2 % glacés. 1 % seulement reste utilisable par l'homme ! A ces paramètres, il faut opposer deux réalités : l'augmentation de la population mondiale et de son niveau de consommation. Les prévisionnistes s'accordent en effet à estimer qu'en l'espace d'une seule génération -l'actuelle-, la production alimentaire mondiale devra augmenter de 75 % !

Dans le même temps -et depuis toujours-, insectes, acariens, animaux, champignons, maladies ont la capacité de soustraire aux récoltes de blé, orge, maïs, soja, etc., plus que la consommation des six milliards d'humains et de leurs animaux domestiques... Soit une perte estimée à plus de 50 %... si l'homme n'avait de cesse de se battre contre ces fléaux. On mesure que le combat contre ces parasites et prédateurs naturels, alors que peu de nouvelles terres pourront être libérées, offre une réelle possibilité d'accroître et de sécuriser les ressources agro-alimentaires planétaires. Le traitement des semences apporte un soutien réel et concret à cette lutte. A surfaces cultivables constantes, en s'attaquant aux parasites, il préserve le potentiel des plantes, améliorant ainsi de façon considérable les rendements et la production globale.

Plus de protection et plus de sécurité


Quand la qualité des graines est
examinée à la loupe !

De fait, limiter au maximum les pertes nécessite un véritable système complet de protection. Dès le semis, en passant par les récoltes et le stockage, les recherches et l'expérience permettent de produire, récolter et conserver le maximum de céréales. Une lutte qui n'est jamais définitivement gagnée. Les traitements phytosanitaires interviennent aux différents stades des productions végétales.

L'objectif du traitement des semences est d'agir sur la levée, la plantule et la jeune plante et d'assurer ainsi une protection aussi bien sur les maladies transmises par les semences, les larves d'insectes, les champignons, les attaques précoces de maladies ou les pucerons.

Le développement de la protection des semences, via notamment l'enrobage et le pelliculage de la graine, est facteur de progrès. Premier avantage : la graine est ainsi protégée contre les maladies qu'elle porte. Second intérêt : la précision des technologies d'application. Elle permet une excellente efficacité malgré les faibles doses de matière active utilisées. La semence traitée s'est ainsi imposée comme un réel progrès pour la protection des plantes comme pour celle des agriculteurs évitant la manipulation des produits.

Un contrôle d'État efficace

Si le bien fondé du traitement des semences est aujourd'hui tout à fait établi sur ses bases agro-économiques et techniques, c'est aussi parce qu'il est officiellement contrôlé.
Le décideur final de toute homologation de matières actives et de leur mise sur le marché est l'état. Non seulement il veille à ce que les industriels du secteur aient satisfait à toutes leurs obligations, mais ses propres experts -il sont 53 à agir au sein de la Commission des toxiques- donnent leur avis sur la base de protocoles expérimentaux mis en place par eux et selon leurs propres critères.
Chaque produit, avant d'obtenir son homologation, fait l'objet d'une dizaine d'années d'études -profil toxicologique et écotoxicologique- et doit répondre à des critères édictés par des organismes connus pour leur rigueur et leur indépendance.


La qualité des semences au service de la santé des hommes

L'observation en plein champ reste indispensable... ...ainsi que les contrôles en laboratoire
En France et à titre d'exemple, l'ergot et la carie, deux maladies des céréales dangereuses pour la santé du bétail et celle des hommes, ont quasi disparu alors qu'elles ont été dévastatrices durant plusieurs siècles. Ce résultat est dû à un travail rigoureux de contrôles de qualité lors de la production des semences certifiées et de la protection phytosanitaire. Ces maladies des céréales sont restées endémiques. Elles réapparaissent très rapidement lorsque la qualité sanitaire des semences n'est plus assurée.

L'ergot est une maladie des graminées. Les grains d'orge ou de blé sont alors allongés en forme d'ergot de coq. Leur consommation entraîne des troubles circulatoires (artérite, gangrène), musculaires (avortements) et neurologiques (hallucinations, délire). Les symptômes sont connus sous le nom d'ergotisme.

La carie est une maladie affectant le blé. Elles est provoquée par le champignon Tilletia caries dont les spores infectent les grains. Les lots contaminés ne sont plus commercialisables.

 

 

Point de vue

 

 

 

 

Christophe Terrain,
président de l'AGPM
(Association Générale
des Producteurs de Maïs)




Protéger les plantes et les semences, c'est indispensable pour tous !

"Les hommes, les animaux ont besoin de végétaux pour leur croissance, leur équilibre nutritionnel et leur santé. Or, il n'y a pas de récolte de végétaux, pas de végétaux sains à la consommation, sans protection des cultures. Tout comme les hommes et les animaux, les plantes ont besoin d'être soignées et protégées contre les maladies et les parasites pour pouvoir pousser, mais aussi pour être saines et consommables, donc sans danger pour les consommateurs.

Les agriculteurs sont responsables de la qualité des végétaux qu'ils produisent. Ils ne peuvent assurer cette responsabilité qu'en s'appuyant sur des produits fiables, performants et sûrs, permettant de garantir la bonne santé des plantes.

La technique de l'enrobage des semences permet de protéger les plantes cultivées en utilisant des quantités infiniment moindres de produits phytosanitaires que par le passé. Une semence protégée permet de déboucher sur une plante saine et résistante, dans des conditions optimales pour la santé des consommateurs et pour la protection de l'environnement, qui sont les priorités absolues des agriculteurs.
Les données fondamentales relatives à la santé des cultures et des êtres vivants et aux moyens nécessaires aux agriculteurs pour l'obtenir, doivent être prises en compte dans les processus décisionnels et politiques, tout autant que les inquiétudes exprimées par telle ou telle catégorie de professionnels.

Les agriculteurs respectent la légalité et soutiennent le principe de précaution, dès lors que celui-ci est appliqué suivant les termes de la loi et ne paralyse pas tout progrès.
En effet, une interprétation abusive du principe de précaution, associée à une judiciarisation croissante de la société française, pourrait déboucher sur une paralysie du système d'alimentation et de protection sanitaire des Français, sur un découragement des agriculteurs et des chercheurs et, finalement, sur des risques pour la santé des consommateurs."

Les ingrédients de la polémique
Au départ, un insecticide, le Régent TS, est mis en cause dans la surmortalité d'abeilles constatée dans certaines régions. A Saint-Gaudens (Haute-Garonne), le juge en charge de l'affaire montre du doigt le fabricant, BASF Agro, qu'il place en examen suite à la plainte d'associations d'apiculteurs.

Cette mesure est assortie de la suspension d'autorisation de commercialiser le Fipronil. Peu après, sur la base d'un nouveau rapport de la commission d'étude de la toxicité des produits (ComTox), le ministre de l'agriculture prend une décision de suspension touchant à la fois le Régent TS, le Régent 5GR, le Schuss, le Métis, le Texas et le Zoom -tous produits à base de fipronil.

En même temps, le ministre autorise les agriculteurs à "utiliser, pour les semis de printemps, les semences déjà enrobées dont ils disposent". De même, les distributeurs sont autorisés à mettre en marché leurs stocks, ce qui permet l'utilisation du Régent TS au printemps pour les cultures de tournesol et de maïs. C'est toute la filière "traitement des semences" qui se trouve entraînée dans ce tourbillon, alors que personne n'a encore démontré que la protection ciblée des graines n'était pas un progrès environnemental, économique et humain.

 

 

 



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