L'herbe pousse... à une agriculture de qualité

L'herbe pousse... à une agriculture de qualité

juillet 2004

La France est verte de quelque 13 millions d'hectares de prairies. Soit environ 130 000 kilomètres carrés. Autrement dit, presque un quart du territoire national (550 000 km2) se trouve recouvert... d'herbe. Imaginons : une prairie d'une vingtaine de départements !
C'est dire les enjeux considérables -et souvent méconnus- que recouvre cette réalité. Enjeux agricoles, certes, et plus précisément économiques autant qu'écologiques.

L'herbe participe à la fois à la production agricole, aux équilibres agrobiologiques et à ceux de l'environnement. D'où une réglementation qui se met en place en concordance avec la PAC et les pratiques nationales, notamment en France où environ 3 millions d'hectares de prairies sont semés. D'où également, bien sûr, une politique semencière dans laquelle le Gnis tient une part des plus active.
Semées ou permanentes -on dit aussi naturelles pour ces dernières, même si elles sont parfois améliorées avec des sursemis-, les prairies ont en commun une série de propriétés remarquables. Prenons les plus actuelles, celles concernant les nitrates et la protection de l'environnement. L'herbe, en effet, en piégeant les nitrates, permet de les maintenir en surface et d'épargner ainsi les nappes phréatiques. La prairie va aussi permettre de réguler le recours aux engrais.


Des plantes comme les trèfles présents ou introduits dans les prairies fixent naturellement l'azote de l'air et rendent la prairie autonome. En fixant le sol par ses racines, l'herbe va d'autre part limiter le ravinement des terres et donc lutter contre l'érosion.
Ces qualités font que les plantes prairiales sont également semées sur les terres en jachère où leur présence empêche en plus les adventices, ces mauvaises herbes qui déprécient la valeur agronomique des sols.
L'herbe présente bien d'autres atouts -et non des moindres. L'un des premiers, qui rejoint un axe important de la PAC, concerne l'alimentation des animaux et le pâturage. D'autant que le spectre des farines animales est encore tout proche. Le pré, lui, jouit d'un double attrait. Sur le plan du symbolique, il évoque le bonheur (et inspire les cinéastes*) et en appelle à nos emblématiques "deux mamelles" : labourage et pâturage... Une tonalité bucolique qui n'empêche pourtant pas de fortes retombées économiques. Car, tout en confortant l'image d'une agriculture de qualité, respectueuse de l'environnement, l'aliment herbager contribue aussi à une meilleure économie agricole. Le pâturage, en effet, revient trois fois moins cher que le cycle du foin et sept fois moins cher que les concentrés à base de céréales et de tourteau de soja : il économise main-d'oeuvre, engins mécaniques, énergie et intrants -vaches, moutons et chevaux font office combiné de barres de coupe et d'épandeurs de déjection...

La réglementation

évite la confusion


L'agriculteur ne peut trouver qu'avantages à faire le plus possible brouter l'herbe par ses bêtes ; surtout s'il recourt à des espèces et variétés sélectionnées grâce auxquelles il pourra, selon les régions, faire pâturer une herbe de qualité à son bétail presque tout au long de l'année, comme c'est notamment le cas dans l'ouest de la France.

Amélioration d'une prairie

par sursemis.




La diversité des utilisations des plantes fourragères a nécessité la mise en place d'une réglementation portant sur la fabrication et la dénomination des différents mélanges de semences commercialisés. Elle vise à éviter toute confusion entre les utilisations agricoles et les utilisations strictement environnementales et pour jachère qui ne répondent pas aux mêmes critères de qualité ni aux mêmes règles. Ainsi, pour les couverts de jachères, la réglementation française n'autorise que 36 espèces, et toute infraction exposerait à des pénalités sur primes, conformément aux règles de la PAC.
Le Service officiel de contrôle et de certification (SOC) du Gnis contrôle ces mélanges distinguant les différents modes d'enherbement : prairies, couverts à gibier, jachères et cultures intercalaires, notamment. À noter que les mélanges pour cultures intercalaires, enherbement non fourrager et prairies sont nouveaux et pourront être commercialisés pour la première fois en France cet été.

16 espèces - 300 variétés

Tout cela met en jeu, et de manière très dynamique, une véritable filière avec une recherche, une production et une commercialisation tournées vers la satisfaction des besoins. En France, 16 obtenteurs, 60 établissements producteurs et stations de semences fourragères travaillent avec quelque 4 500 agriculteurs-multiplicateurs pour produire environ 170 000 quintaux de graminées et de légumineuses fourragères.

Différentes semences

de plantes fourragères.




En France, il y a vingt-cinq ans, la dépendance en matière de plantes fourragères à semer pour les prairies était totale.
Aujourd'hui, avec 16 espèces et 300 variétés, dont environ 20 à 25 nouvelles par an, la couverture des besoins nationaux est assurée à 60 %. Les 40 % qui doivent donc être importés, le sont du Danemark, premier pays fournisseur, des Pays-Bas et de l'Allemagne.


2004 se présente dans un contexte particulier. En effet, les stocks de semences sont très bas du fait de la sécheresse de 2003 qui, en dévastant les prairies, a obligé à des semis de fin d'été plus importants. La plupart des pays européens ont d'ailleurs connu des situations semblables conduisant à la faiblesse générale des stocks.
Néanmoins, la France échappe au risque de rupture. D'une part, en raison de ses fortes capacités de production de semences. Et, d'autre part, du fait également que son climat tempéré favorise une production plus précoce que celle des pays du Nord. Avantage non négligeable puisqu'il va permettre, cet été, de pratiquer des semis avec les semences produites tout juste quelques semaines plus tôt.

* On se souvient du succès des films :
- Le Bonheur est dans le pré et
- Microcosmos, le peuple de l'herbe.


Chaque année, 270 000 q
de semences fourrarères
sont semés en France.

Point de vue



Alain Fauconnier,
maire de Saint-Affrique,
vice-président du Conseil
régional Midi-Pyrénées,
en charge de l'agriculture et
de l'aménagement du territoire.




Reconstituer les prairies, c'était vital !


"Le renouvellement des prairies à la suite de la sécheresse de l'été 2003 a été un impératif pour notre Région Midi-Pyrénées, en particulier pour trois départements très éprouvés : l'Aveyron et le Lot, surtout, et la Haute-Garonne. Très vite, nous avons pris trois mesures d'aide aux agriculteurs : une aide directe à l'approvisionnement (14 millions €) ; une aide au titre de "l'année blanche" permettant de différer le remboursement des dettes bancaires (5 millions €) ; enfin, l'aide à la reconstitution des prairies. À ce sujet, je dois dire que nous n'avons pas fait tout ce que nous aurions souhaité. Le CNASEA, organisme payeur pour l'État des crédits européens, demandait un coût de traitement des dossiers qui atteignait jusqu'au tiers de la subvention ! C'était aberrant. En concertation avec la profession, il a été nécessaire de convenir de l'abandon de la part de financement européen. Du coup, nos subventions se sont limitées à 1 million d'euros, au lieu des trois ou quatre prévus. Au moins avons-nous pu être très réactifs, car c'était vital et il y avait urgence à agir. Ainsi, en à peine six mois, nous avons instruit environ 18 000 dossiers, dont 4 000 concernant le réensemencement.
Nos agriculteurs ont apprécié cette efficacité, d'ailleurs relayée dès la fin juillet par les fournisseurs de semences -il n'y a eu que quelques ruptures passagères d'approvisionnement dans certaines variétés- ainsi que par les CUMA (Coopératives d'utilisation de matériel agricole), que nous avons également aidées pour leurs investissements nécessaires à la mise en place des semis.
Aujourd'hui, on peut dire que nos prairies ont été reconstituées. Notre hantise, au Conseil régional, était de voir les éleveurs casser leurs troupeaux, donc l'outil de production, avec les effets en cascade sur les cours de la viande et l'ensemble de la filière élevage. Rappelons que la Région Midi-Pyrénées, avec 1 350 000 têtes, accueille le premier troupeau de bovins allaitants de France ainsi que le premier troupeau ovin avec 2 370 000 têtes. Ce qui représente quelque 50 %, en valeur, de l'activité de la région. Mais, avant tout, notre aide s'est voulue un acte de solidarité."



Haut de page