Atelier Plantes fourragères :
Quand le fourrage s'ouvre à la protection
de l'environnement.

Atelier Plantes fourragères :
Quand le fourrage s'ouvre à la protection
de l'environnement.

janvier 2012

Graminées et légumineuses font partie d'un grand ensemble agricole : celui des plantes fourragères, largement semées dans nos prairies. Destinées aux pâturages et au fauchage, ces plantes aux qualités alimentaires indéniables n'en enfilent pas moins désormais un autre rôle : celui de protectrices de l'environnement.

Les fourragères ? Plus qu'une simple catégorie de plantes agricoles, c'est un ensemble de plus de 540 variétés, appartenant à 14 espèces, et réparties en deux grandes familles, les graminées et les légumineuses.

Pour démontrer leur importance dans nos paysages, un chiffre : sur les 13 millions d'hectares de prairies qui recouvrent le territoire national, un quart est régulièrement semé par les éleveurs pour nourrir leurs animaux ! Mais partout, les conditions de sols et des climats ne sont pas les mêmes : les plantes, elles, doivent alors s'adapter à toutes les situations. Mieux, leur rôle s'étend désormais. Découverte du riche monde des plantes fourragères.

Une utilisation ancestrale qui s'est adaptée aux multiusages contemporains

"Depuis toujours, l’homme a utilisé les plantes herbacées pour nourrir les animaux. A l’origine, il s’adaptait à la nature en déplaçant les troupeaux là où l’herbe était verte et de qualité. Une différenciation s'est cependant rapidement instaurée entre les prairies adaptées au pâturage et celles adaptées à la fauche. Un choix qui était très lié au type de flore", raconte Julien Greffier, spécialiste des fourragères au GNIS.

Julien Greffier pendant la conférence sur les plantes fourragères

Ce type de flore, lui, dépendait du contexte pédoclimatique et des proportions respectives en graminées et en légumineuses. Aujourd'hui encore, c'est la "bonne recette" que recherchent les éleveurs, dépendante du type de sol, des conditions climatiques et des types d'animaux. "Pour chaque semis de prairie, l’éleveur doit choisir les espèces  adaptées à la situation", poursuit le spécialiste.

Dans la boîte à outils dont il dispose, certaines espèces sont emblématiques. C'est le cas du ray-grass anglais, plante de pâturage par excellence avec le trègle blanc, car il est très  appétent et présente une très bonne valeur alimentaire. Son homologue italien, quant à lui, est une plante de fauche : poussant très rapidement, il offre un fourrage de bonne qualité et affichant de bons rendements. C'est aussi le cas du trèfle violet ou du brome. Et le "4x4 des graminées" ?, comme le surnomme Julien Greffier, devant les microparcelles, aux teintes et aux couverts variés, cultivées par Euralis. C'est la fétuque élevée, car elle s'adapte sans peine à tous les terrains.

Changement climatique oblige, les éleveurs commencent aussi à lorgner du côté des plantes tolérantes à des conditions plus sèches : la luzerne, grâce à son système racinaire puissant, y répond bien, tout en étant une source de protéines d'intérêt. Même régime "sec" pour la luzerne ou le dactyle. A l'opposé, les sols humides ont eux aussi leurs adeptes, à l'instar du trèfle hybride, une légumineuse ensemencée aussi bien dans les pâtures que les prairies de fauche. Reste les sols pauvres, ou calcaires : le sainfoin, lui, en prend son parti.

Une  diversité au service de l’environnement

Panneau des plantes pour préserver l'environnementParallèlement au pâturage et à la fauche, les plantes fourragères assument un autre rôle : la protection de l’environnement, enjeu clé de l’agriculture. "Des mesures réglementaires ont été mises en place et de nombreuses initiatives ont également vu le jour pour préserver la biodiversité", assure le spécialiste du GNIS. Et à voir la diversité des plantes présentées sur les parcelles de la coopérative, la question s'entend bien : cette diversité là permet de répondre aussi à des impératifs environnementaux.

Leur point commun ? Une indéniable originalité. Ainsi le ray-grass italien, les crucifères et la phacélie, caractérisées par leur capacité d'implantation rapide, sont désormais à ranger parmi les plantes "pièges à nitrates" : leur implantation pendant l'automne et l'été, imposée réglementairement, évite le lessivage des nitrates dans le sol au cours de cette période.

Autre utilité environnementale des plantes fourragères : les bandes enherbées. "Celles-ci sont implantées pour limiter les effets de l’érosion, car elles retiennent et dégradent les résidus de pesticides éventuels et favorisent la faune auxiliaire", explique le spécialiste. Pour se faire, le couvert doit être permanent et pérenne. Plantes élues ? La fétuque élevée et ses semblables à gazon, le trèfle hybride, mais aussi la plupart des graminées et des  légumineuses pérenne remplissent bien ce rôle d'éponge.

Alors que la biodiversité fait toujours plus parler d'elle, les abeilles, et le rôle pollinisateur qu'elles ont, tout comme celui de "lanceurs d'alerte" sur l'état des conditions environnementales, sont devenus centraux. Dans cette optique, les jachères mellifères prennent depuis quelques années un intérêt tout particulier.  Leur but ? Attirer les abeilles et leur fournir du pollen, nécessaire à leur bonne santé, et du nectar, impliqué dans la fabrication du miel. A voir les butineuses foncer sur la luzerne, le sainfoin, la vesce et les trèfles, les "reines" en la matière sont incontestablement les légumineuses, caractérisées par une large gamme d'espèces, à la base de ressources variées.

Mais les plantes fourragères ne servent pas que les petits insectes que sont les abeilles : elles servent aussi de gîtes et de couvert pour les gibiers, petits et grands ! "Le gibier a 4 nécessités", rappelle Julien Greffier. "Se nourrir, se cacher, se reproduire et se détendre. L’implantation de couverts spécifiques permet de répondre à un ou plusieurs de ces objectifs".

Une création variétale toujours active

Le public devant les essais de variétés fourragères

panneau des plantes fourragères pour toutes les situationsParticularité des plantes fourragères ? Le grand nombre d'espèces qu'elles regroupent. Mais plus encore : la diversité variétale qu'elles recouvrent. La sélection fourragère, elle, a débuté dans les années 1950. Première concernée par le travail des sélectionneur : la luzerne.

Dès 1961, tout s'accélère. "Le catatologue officiel est créé et la sélection fourragère va dès lors prendre une autre dimension", constate Julien Greffier. Toutes les espèces sont en effet dès ce moment concernées par la recherche. Les résultats de celle-ci ? C'est indéniablement sur la tolérance aux maladies que les progrès les plus intéressants ont été réalisés au cours du dernier demi-siècle. Les bons résultats des sélectionneurs se comptent aussi dans les lignes du catalogue officiel : tous les ans, trente nouvelles variétés y sont inscrites, venant s'ajouter aux 580 déjà existantes.



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