Agriculteur : un métier valorisé par la filière semences

Agriculteur : un métier valorisé par la filière semences

mars 2006

La filière semences a été mise en place par et pour les agriculteurs. Grâce à elle, ces derniers ont en permanence accès à de nombreuses variétés, adaptées à leurs conditions de culture, toujours plus performantes, qui répondent à la demande des consommateurs, et à des semences saines et de qualité.

Une filière mise en place par et pour les agriculteurs

 La sélection, pratiquée depuis l'origine de l'agriculture, consistait alors à sélectionner les plus belles plantes à chaque récolte ; elle était lente (plus de
2 siècles pour acclimater la pomme de terre à l'Europe) et empirique. La sélection a connu une révolution avec Mendel et la découverte des lois de l'hérédité au XIXe : on croise alors les plantes en fonction des caractères recherchés chez les descendants.
Les agriculteurs ont très vite compris l'intérêt de la démarche, et certains se sont spécialisés dans l'amélioration variétale, c'est-à-dire la création de variétés. Les autres agriculteurs ont ainsi pu se concentrer sur leur coeur de métier de production. Ainsi est née en France la filière semences, de la volonté des agriculteurs de faire progresser leur métier.
Depuis, la sélection, ou amélioration variétale, n'a cessé de bénéficier des progrès scientifiques et de nouvelles techniques, tout en s'appuyant sur le mode de reproduction de la plante. Le marquage moléculaire, les techniques de biologie cellulaire et la bioinformatique permettent de prévoir la qualité des descendants.
La création d'une variété représente aujourd'hui entre 8 et 15 ans de travail.

récolte maïs

Les sélectionneurs créent des variétés adaptées au climat et au sol de chaque région. C'est un critère important du travail de sélection, et des essais sont mis en place dans toutes les zones de culture en France. Le maïs, par exemple, ne pouvait pousser que dans le sud-ouest de la France jusque dans les années 1950. On en voit désormais couramment au nord de la Loire. Pour cela, les sélectionneurs, notamment de l'Inra, ont croisé des populations du Languedoc avec des populations américaines.

 Une filière au service des agriculteurs
 Après la création d'une nouvelle variété, il faut encore tester ses qualités sur le terrain, la produire en quantité suffisante et la distribuer.
La filière semences est constituée de professionnels spécialisés :

- Les sélectionneurs créent les nouvelles variétés de semences ;

- Les agriculteurs-multiplicateurs multiplient les semences d'une variété dans leurs champs, selon un cahier des charges strict ;

- Les établissements producteurs trient, traitent, analysent et conditionnent les semences multipliées ;

- Les techniciens de la production, des analyses et de la certification contrôlent et garantissent la qualité des semences ;

- Les distributeurs vendent les semences aux agriculteurs utilisateurs, ils ont un rôle important de conseil.

 

Des variétés pour répondre aux besoins des agriculteurs

Les sélectionneurs créent des variétés adaptées au climat et au sol de chaque région. C'est un critère important du travail de sélection, et des essais sont mis en place dans toutes les zones de culture en France.
Le maïs par exemple ne pouvait pousser que dans le Sud Ouest de la France jusque dans les années 1950. On en voit désormais couramment au nord de la Loire. Pour cela, les sélectionneurs, notamment de l'INRA, ont croisé des populations du Languedoc avec des populations américaines.
Une plante qui se comporte bien en conditions tempérées doit aussi pouvoir résister aux coups de chaleur ou de froid. Les sélectionneurs évaluent donc l'adaptabilité sur un grand nombre de lieux et sur plusieurs années, pour prendre en considération le maximum de paramètres et leur variabilité. Cela permet aux agriculteurs de limiter les risques liés aux aléas climatiques. En 2005 par exemple, malgré la sécheresse, le maïs a bien résisté et les rendements n'ont pas été aussi catastrophiques que prévu.
Le métier des sélectionneurs est de faire progresser les variétés en leur apportant de nouvelles caractéristiques utiles : résistance aux maladies pour limiter l'apport de produits phytosanitaires et faciliter le travail de l'agriculteur, rendement meilleur, hauteur des tiges pour optimiser la récolte... Des études ont démontré que, contrairement aux idées reçues, les variétés modernes ont un rendement meilleur en conditions de culture extensive (sans phytosanitaires ni apport azoté) que les variétés anciennes. Chaque année les nouvelles variétés, de plus en plus performantes, assurent le maintien de la compétitivité de l'agriculture.

Des variétés adaptées à toutes les
régions de production
Quelques chiffres :

 Les céréales à paille (blé dur, blé tendre, seigle, orge, avoine, triticale...) sont aujourd'hui la première culture en France, avec plus de 7 millions d'hectares et 360 000 agriculteurs. Les sélectionneurs proposent sur le marché plus de 50 nouvelles variétés chaque année (122 en 2004). Chacune aura nécessité entre 8 et 10 années de travail. Elles sont testées dans 65 centres de sélection, 120 centres d'expérimentation et au total 250 000 parcelles d'essais.

 Le maïs est cultivé en France sur 3,1 millions d'hectares. Il faut 8 à 1050 centres de sélection, 48 centres techniques, 400 points d'expérimentation et 900 000 parcelles d'essais. 7280 en 2004. En tout, 820 variétés sont produites pour les agriculteurs.

 

Des variétés pour tous les débouchés

Enfin, la filière semences sélectionne des variétés adaptées aux besoins des transformateurs (pour le pain, la bière ou l'huile par exemple) mais aussi à ceux des consommateurs. Ainsi, le tournesol contient aujourd'hui un taux d'huile de près de 60%, alors qu'il n'était que de 20% à la Renaissance, quand le tournesol fut introduit en Europe pour la seule beauté de la plante. La composition de la graine aussi a été améliorée, et grâce à ce travail, le taux en acides gras saturés a baissé, et la teneur en vitamine E a augmenté.
Les nombreuses nouveautés mises chaque année à la disposition des agriculteurs leur permettent ainsi d'adapter leur production aux demandes du marché en constante évolution.

La garantie de semences de qualité

Pour un agriculteur, la qualité des semences est essentielle au bon déroulement de sa culture. Il a besoin de semences saines - exemptes de maladies -, qui germent, qui correspondent à la variété qu'il a achetée et qui ne contiennent pas d'autres espèces (comme les mauvaises herbes) ou d'autres variétés.
C'est l'objectif de toute la filière semences qui a mis au point des procédures, des contrôles et des analyses afin que les semences, en particulier par la certification, offrent toutes les garanties nécessaires aux agriculteurs pour qu'ils exercent leur métier dans les meilleures conditions.

Une offre riche et variée : le Catalogue

Les agriculteurs ont un large choix parmi les milliers de variétés inscrites au catalogue officiel européen pour valoriser au mieux leur terre, le climat de leur région, leurs méthodes de travail, leurs pratiques culturales, et leurs débouchés. Pour les aider dans leur choix, leurs instituts techniques réalisent des expérimentations complémentaires, qui peuvent faites en collaboration avec les transformateurs.
Les variétés inscrites au Catalogue sont les variétés qui répondent à la demande des agriculteurs. Outil dynamique, le Catalogue met à la disposition des agriculteurs des semences dont la qualité est assurée grâce à la réglementation, et des variétés qui sont en adaptation permanente avec l'évolution du métier et du marché.

L'agriculteur-multiplicateur :
un savoir-faire irremplaçable
Le savoir-faire des agriculteurs-multiplicateurs est indispensable à la production de semences. En France, ils sont plus de 22 000 à multiplier dans leurs champs les variétés créées par les sélectionneurs, afin d'obtenir les quantités nécessaires pour assurer l'approvisionnement de l'ensemble des utilisateurs de semences et plants. Leur technicité est précieuse pour conserver intégralement, lors de la multiplication sur le terrain, la pureté variétale de la semence, et ainsi, toutes les qualités créées par les sélectionneurs.
Une semence de qualité est toujours le résultat d'une collaboration étroite entre des agriculteurs-multiplicateurs compétents et expérimentés et les établissements semenciers avec lesquels ils travaillent sous contrat.
agriculteur-multiplicateur



Point de vue

Luc GuyauMonsieur Luc GUYAU,
président de l'APCA,
ancien président de la FNSEA
et agriculteur en Vendée,
a bien voulu s'exprimer sur
le soutien et la valorisation
du métier d'agriculteur par l
a filière semences.

 

 

 

Que pouvez-vous dire de l'apport de la filière semence au métier d'agriculteur ?
Depuis 50 ans, l'agriculture a connu un important développement grâce à la fois aux progrès scientifiques et aux innovations dans l'organisation des agriculteurs, qui ont permis la diffusion de ces progrès. A son niveau, la filière semence a participé largement au développement agricole par sa contribution à la recherche dans le domaine végétal. Aujourd'hui, ses travaux permettent aux agriculteurs de bénéficier de semences de qualité, dans des conditions d'accès relativement large et à un coût plutôt raisonnable.

Quelles avancées ont été les plus remarquables ou utiles aux agriculteurs et qu'attendez-vous dans l'avenir ?
L'amélioration de la productivité des variétés est un atout essentiel. On oublie trop souvent que la France et l'Europe n'ont conquis leur indépendance alimentaire que très récemment. C'est pourquoi tout ce qui permet de sécuriser l'acte de production, c'est à dire l'approvisionnement de nos concitoyens, demeure d'actualité.
Pour l'avenir, il conviendra de mieux combiner la nécessité de rendements importants, avec la protection de l'environnement et la préservation de la ressource en eau. Nous attendons également de la filière semence qu'elle lance des programmes de recherche pour l'amélioration des cultures destinées aux énergies renouvelables.

Comment voyez-vous l'implication des agriculteurs dans le progrès génétique ?
Nous voulons être partie-prenante de la recherche et pas uniquement utilisateurs et financeurs. La société a changé. Il n'y a encore pas si longtemps, nos métiers respectifs étaient assez cloisonnés, chacun avait un rôle bien déterminé : les chercheurs cherchaient, les organismes de développement tels que les Chambres d'agriculture, assuraient la diffusion et les agriculteurs utilisaient les produits. Depuis une dizaine d'années, un quatrième acteur s'est imposé : le citoyen. Un défaut d'explication et l'apparition de crises sanitaires ont fait émerger des comportements de doute à l'égard du progrès scientifique et technique. Pour ma part, je le déplore car j'ai pu mesurer tout ce que le progrès scientifique avait apporté à l'agriculture. Il faut donc renouer le dialogue et faire oeuvre de pédagogue : cela implique que les agriculteurs soient mieux impliqués en amont dans l'orientation des axes de recherche et dans la mise en oeuvre de ses résultats.

En quoi pensez-vous que la réglementation concernant les semences est utile aux agriculteurs ?
Il faut être clairs sur ce que l'on entend par réglementation. En ce qui me concerne, je considère que l'accès à la ressource est une donnée essentielle pour les agriculteurs et pour l'avenir de l'agriculture mondiale en général. C'est pourquoi je suis opposé au concept de « brevet » appliqué au domaine du vivant. Tous les concepts juridiques alternatifs doivent être confortés, notamment celui des certificats d'obtention végétale. Il apparaît en effet comme le plus équilibré car il autorise l'usage des variétés protégées pour créer d'autres variétés, tout en permettant le financement indispensable de la recherche, sans poids excessif pour les agriculteurs.

 

 



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