200 variétés de pommes de terre

200 variétés de pommes de terre

août 2010

Amandine, Franceline, Belle de Fontenay, Ratte, Roseval… Anciennes et nouvelles, la diversité des variétés de pommes de terre répond à des marchés différents, de consommation ou industriels.

 Résistance accrue aux parasites ou à la sécheresse, meilleure précocité et cycle plus court : telles sont les qualités que les nouvelles variétés de pommes de terre doivent acquérir pour s'adapter aux conditions de demain. Découverte du monde de la création variétale avec les spécialistes de Grocep, un des quatre obtenteurs français.

« Je vous présente Anoe et Altesse ». Philippe Laty, directeur de Grocep, déambule au milieu de nombreuses parcelles de pommes de terre plantées dans le champ d'essais. Certaines variétés sont déjà sorties de terre et laissent espérer de nombreux tubercules, alors que d'autres ne supportent pour l'instant qu'un timide feuillage. Devant chaque type de plants, des caisses ont été remplies des pommes de terre récoltées : des grosses, des petites, des biscornues ou des bien rondes, à peau rouge, jaune et même violette. Anoe et Altesse sont quant à elles des pommes de terre à chair ferme. « Ce sont celles que nous utilisons pour la cuisson à la vapeur. Elles sont très prisées en Europe de l'Est, explique Philippe Laty. Cette catégorie était plutôt vieillissante, nous avons essayé d'y apporter du renouveau ». Car c'est là l'une des missions des obtenteurs : la création variétale. Grocep été créé en 1978 à l'initiative des professionnels de la production et de la commercialisation du plant de pommes de terre de la zone Centre et Sud de la France et c'est l'un des quatre obtenteurs français. Leur objectif ? Enrichir la biodiversité des plantes cultivées en créant de nouvelles variétés. Tous les ans, ils consacrent à eux quatre pas moins de 3 millions d'euros à la recherche afin de développer de nouvelles variétés, destinées aussi bien au marché du frais qu'à l'industrie agro-alimentaire et féculière.

Une bibliothèque de gènes pour pommes de terre

Pour créer ces nouvelles variétés, les ingénieurs de Grocep ont à leur disposition plus de 1000 accessions, regroupées dans le Centre de l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) de Ploudaniel, en Bretagne. « C'est un environnement idéal pour conserver ces pommes de terre, qui sont des plantes à reproduction végétative notamment très sensibles aux pucerons. Or ceux-ci se développent peu dans le climat océanique breton », explique Jean-Eric Chauvin, chercheur travaillant sur ce centre. Parmi ces 1000 accessions, des variétés anciennes et des variétés nouvelles, mais aussi une trentaine de plantes « apparentées ». Celles-ci, proches de la pomme de terre, sont des espèces sauvages qui ont été ramenées d'Amérique Latine à la suite de campagnes de prospection. Le rôle de ces accessions ? Constituer une collection de gènes d'intérêt qui pourraient être bénéfiques à de nouvelles variétés cultivées

De nouveaux objectifs pour les pommes de terre de demain

 « On compte par exemple plus de 60 agresseurs de la pomme de terre ! », poursuit Jean-Eric Chauvin. Parmi ceux-ci, le mildiou -une maladie causée par le champignon Phytophtora infestans-, des virus, des nématodes -des vers- ou encore la gale commune -causée par des bactéries-. Problème : les espèces cultivées ne possèdent que peu de gènes les protégeant contre ces fléaux. Il faut donc essayer d'en trouver dans les ressources génétiques, afin de rendre les plants moins sensibles, voire résistants à ces parasites. A la clé : une diminution de l'utilisation des produits phytosanitaires habituellement destinés à combattre ces envahisseurs nuisibles. Autre axe de développement : l'adaptation au changement climatique. Résister à la sécheresse, à des températures plus chaudes et à une modification des sols : telles devront être les qualités des plants de pomme de terre du futur. « La mise au point de ces variétés n'est pas pour demain : nous travaillons sur cette problématique environnementale nouvelle depuis quelques années seulement, or plus de dix ans sont nécessaires pour créer une ou deux nouvelles variétés ! », explique Philippe Laty.

Mettre au point une nouvelle variété prend du temps

A la base de ces nouvelles créations : les géniteurs, soit les accessions intéressantes choisies pour donner naissance à de nouvelles variétés. Tous les ans, Grocep utilise plus de 120 géniteurs différents et lance trois hectares de nouvelles cultures : les agronomes de cette société plantent ainsi plus de 45000 semis -soit de futures variétés potentielles- issus de quelques 270 croisements entre ces géniteurs et les variétés de pommes de terre actuellement utilisées en Europe ! Sauf que rien ne garantit que les gènes d'intérêts des géniteurs passeront bien dans le génome des nouvelles variétés créées à chaque croisement : à l'issue de deux années de sélection, basées sur l'observation visuelle des caractéristiques du feuillage et des tubercules, seuls 500 à 800 semis sont conservés sur les 45000 ! Reste encore à multiplier ces semis drastiquement choisis, et ce de la 3ème à la 10ème année. « Nous lançons quatre hectares de multiplication tous les ans », affirme Philippe Laty. Au total, les quatre obtenteurs français cumulent 16000 hectares de multiplication où se développent pas moins de 350 variétés ! « Grocep dispose pour cela de 25 parcelles dispersées en France et à l'étranger afin d'évaluer le matériel génétique. Nous suivons l'adaptabilité à la zone de production -les variétés résistantes à la sécheresse sont par exemple testées en Afrique du Nord-, mais aussi la précocité, le comportement face aux parasites, la rusticité des plants ou encore les qualités techniques des tubercules obtenus. Sont-ils par exemple meilleurs pour la friture ou la cuisson vapeur ? Ont-ils une bonne capacité de conservation ? Il s'agit d'anticiper le type de variétés dont le marché devra disposer dans 10 ans ! », poursuit-il. C'est un gros pari : sur les 45000 semis lancés chaque année, seules une ou deux variétés pourraient être acceptées par le marché dix ans plus tard !

Les variétés stars de demain

 Parmi les programmes de développement de nouvelles variétés de cette entreprise, 50% sont consacrés à la résistance au mildiou, 20% à améliorer les qualités des pommes de terre de consommation, 15% à celles des pommes de terre à chair ferme, et 15% à celles des pommes de terre destinées à la transformation industrielle. Bilan après trente années de sélection : 15 variétés ont été mises au point et sont désormais inscrites au Catalogue français des espèces et variétés, passeport indispensable pour être commercialisées sur le marché français après avoir passé toute une batterie de tests. Le point commun de ces 15 nouvelles variétés ? Elles ont un cycle court et précoce, soit des caractéristiques qui séduisent le marché. L'une des dernières nées présente une sensibilité au mildiou extrêmement faible, la plus faible du catalogue communautaire. « Elle va très certainement beaucoup se développer dans le secteur de l'agriculture biologique car elle présente un réel intérêt agronome pour cette filière : elle ne nécessite en effet aucun traitement pendant des années », estime Philippe Laty. Tout le contraire de la célèbre Bintje, utilisée entre autres par l'industrie de la transformation de la pomme de terre (frites, purée en flocons, plats préparés...) et qui est une des variétés les plus sensibles au mildiou. L'obtenteur s'intéresse aussi aux pommes de terre destinées à l'industrie féculière qu'à l'export, avec la mise sur le marché en 2007 d'une variété à peau rouge très appréciée en Afrique du Nord.

Le catalogue officiel des espèces et des variétés cultivées

On estime le nombre de variétés de pommes de terre à plus de 3500 dans le monde. Mais seules 192 variétés de pommes de terre sont inscrites au catalogue officiel français, sésame à la commercialisation, et 1294 le sont sur la version européenne, qui regroupe l'ensemble des catalogues nationaux de l'Union Européenne. Pour y accéder, les variétés doivent obéir à plusieurs critères, tels que celui de Distinction, Homogénéité et Stabilité (DHS) ou de Valeur Agronomique et Technologique (VAT), attestant que les nouvelles variétés apportent un progrès par rapport aux meilleures variétés actuelle. 

   
                                                                         Photos©Gnis

 

                                                      ©métaphore production 


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