Abeilles et jachères apicoles : de la biodiversité végétale à la biodiversité animale
août 2010
Les abeilles sont essentielles à la production de semences pour certaines espèces : comment les apiculteurs y contribuent-ils ? De nouvelles formes de collaboration sur le terrain ont permis le développement des jachères apicoles, qui permettent non seulement de nourrir les abeilles, mais aussi d'enrichir les sols.
Les plantes mellifères, utiles à la bonne santé des insectes pollinisateurs, peuvent être utilisées en mélange sous forme de couverts végétaux utiles à la biodiversité, comme aux cultures
Alors que les colonies d'abeilles n'ont jamais été en aussi mauvaise santé en France comme dans le Monde, des initiatives tentent de favoriser ces insectes importants de la biodiversité sauvage, mais aussi essentiels à l'agriculture. L'importance économique de l'abeille est colossale : calculée par le programme européen Alarm sur la biodiversité, ces butineuses participeraient à 10% du chiffre d'affaires de l'agriculture au niveau mondial, via leur rôle de pollinisatrice qui transporte de fleurs en fleurs le précieux pollen pour donner vie à de nouvelles plantes nécessaires à notre alimentation. Entre autres solutions pour enrayer leur perte, les jachères fleuries tentent de pallier aux manques créés par les monocultures et de reconstituer une source nutritionnelle variée et prolongée au cours de l'année pour les insectes butineurs.
Des plantes pour nourrir les abeilles
Le principe de ces jachères apicoles ? Il s'agit d'utiliser les terres au repos entre deux cultures pour y semer des espèces dont la production est intéressante pour les pollinisateurs : phacélie, trèfle violet, trèfle hybride et d'Alexandrie offrent des sources diversifiées de nectar (sucres) et de pollen (protéines) qui aident les insectes à passer les saisons difficiles. A ce jeu-là, toutes les plantes ne sont pas logées à la même enseigne : les plantes à fleurs sont plus ou moins pollinifères et seulement certaines sont mellifères, c'est à dire qu'elles sécrètent du nectar ou du miellat. « Les plus efficaces en terme de couverts apicoles sont les légumineuses », affirme Philippe Gratadou, de Jouffray-Drillaud, semencier implanté à Cissé, dans le département de la Vienne. Parmi celles-ci, mélilot, sainfoin et multiples variétés de trèfle, lotier corniculé, minette ou luzerne, qu'on retrouve assemblées dans les mélanges mellifères proposés par cette société. Les abeilles domestiques, Apis mellifera mellifera, ne sont bien évidemment pas les seules à bénéficier de ces jachères et beaucoup d'autres insectes en profitent : c'est le cas des hyménoptères pollinisateurs (bourdons...) ou des coléoptères, (coccinelles...), lépidoptères (papillons...), diptères (mouches, moustiques...) qui, eux aussi, se nourrissent de pollen et nectar. Ils sont donc également de précieux alliés de la production agricole. Agriculture et apiculture n'ont jamais été autant complémentaires ! Quid des autres espèces de la faune locale ? A l'instar des couverts végétaux, les jachères apicoles servent aussi de refuges de nidification et de sources de nourriture pour certaines espèces d'oiseaux et le gibier.
Des jachères alliées des cultures
Mais attention, on ne peut pas semer tout et n'importe quoi sur sa parcelle pour faire plaisir aux abeilles : encore faut-il tenir compte des cultures principales qui y sont installées. « Les espèces utilisées dans les jachères apicoles doivent être compatibles avec les productions agricoles : elles ne doivent pas avoir de parasites communs avec les cultures ou entrer en compétition avec elles », prévient Philippe Gratadou. Certaines jachères apicoles, contenant de la phacélie ou de la moutarde blanche, sont au contraire propices aux cultures : grâce à leur action anti-nématode, qui interrompt le cycle de ce ravageur, ces deux espèces favorisent la culture au cours de la rotation. Sans compter qu'elles sont considérées comme d'excellents pièges à nitrates et qu'elles freinent le lessivage à l'automne. Même complémentarité avec la phacélie qui, en plus d'attirer les insectes, est un bon engrais vert et enrichi le sol après enfouissement.
Encouragées par la règlementation
Cette initiative est par ailleurs clairement encouragée depuis peu : depuis le passage du taux de gel des terres obligatoire à 0% en 2008, les jachères apicoles s'inscrivent dans le cadre réglementaire des « Bonnes Conditions Agricoles et Environnementales » via le « maintien des particularités topographiques », instauré début 2010. Quelques règles simples définissent si une parcelle peut être considérée comme jachère apicole dans ce cadre. Les plantes et les mélanges autorisés doivent par exemple être choisis dans une liste éditée annuellement par arrêté préfectoral ; les dates d'implantation et de destruction de ce couvert végétal particulier doivent aussi être respectées, tout comme les modalités de son entretien. Aux côtes des jachères apicoles, d'autres mesures de protection complémentaires existent. Les bandes enherbées permettent elles aussi de semer des plantes favorables à l'abeille. L'implantation de haies, parmi lesquelles les espèces favorables aux pollinisateurs sont favorisées, est aussi recommandée. Enfin, la limitation de la fauche des prairies et des bords de route offre une autre source de plantes mellifères et de biodiversité florale.