Communiqués généraux
Semences certifiées de céréales : « Ce n’est pas au moment où la situation est difficile qu’il faut réduire les investissements pour demain »
30 juillet 2010
Après une chute importante de l'utilisation des semences certifiées de céréales la campagne dernière, les professionnels des semences estiment nécessaire d'alerter les agriculteurs sur les risques à terme de la réduction des investissements en recherche variétale.
François Burgaud, directeur des relations extérieures du Gnis répond aux questions de Jean-Paul Hébrard, directeur de TVAgri.
Question :
Lors de la dernière campagne, il y a eu une baisse des ventes des semences certifiées de céréales de l'ordre de 15%. Au Gnis, vous essayez de sensibiliser les agriculteurs à l'intérêt du recours aux semences certifiées.
Est-ce que vous avez des éléments prouvant l'intérêt de recourir aux semences certifiées ?
On est parfaitement conscient que les agriculteurs sont dans une situation difficile économiquement et encore plus en termes de trésorerie. Simplement, il est de la responsabilité de la filière d'attirer leur attention sur le fait que ce n'est pas au moment où la situation est difficile que l'on doit réduire ses investissements. Ce sont les investissements d'aujourd'hui, maintenus dans cette période difficile, qui accélèreront la sortie de la situation de crise.
En face de cette difficulté, à court terme, acheter de la semence certifiée dans beaucoup de filières, c'est valoriser sa récolte dans de meilleures conditions. C'est le cas dans la filière orge avec les brasseurs, dans la filière blé puisque les meuniers ont aussi des politiques basées sur la traçabilité, c'est le cas dans la filière blé dur.
D'une manière générale c'est de plus en plus le cas dans un certain nombre d'O.S. qui considèrent que la traçabilité et donc la qualité de leurs produits sur un marché difficile est essentielle.
Cette problématique des semences certifiées ou des semences de ferme, ça pose la question de la vision à court ou à moyen terme ?
Oui, je vais vous donner un exemple, un agriculteur me disait récemment : « avec les blés d'il y a 30 ans on aurait eu 20 à 30 % de moins de récolte cette année parce que c'est l'amélioration de la précocité des blés sur ces 30 dernières années qui a permis de résister à la période de chaleur qu'ont connu un certain nombre de régions ».
Donc, quand on parle de progrès génétique on ne parle pas de quelque chose de théorique.
La deuxième chose, c'est que le paiement du progrès génétique à travers l'achat de semences certifiées, va être environ de 10 € /ha. Dans une période où l'on veut réduire l'utilisation de produits phytosanitaires, où on veut réduire l'utilisation d'engrais chimiques, c'est extrêmement important de jouer sur le progrès génétique, c'est la dernière chose qui reste.
Ca permet également d'avoir 16 entreprises de sélection en France qui continuent d'être actives, environ 60 variétés nouvelles chaque année et une diversité énorme puisqu'on a à peu près 600 variétés de céréales vendues chaque année aux agriculteurs.
Le progrès génétique, il faut l'apporter aux agriculteurs. En fait, la filière semences certifiée a été conçue par les agriculteurs à l'origine et notamment les coopératives, Les coopératives agricoles font 70 % de la production de semences certifiées et elles ont pris cette responsabilité car c'est le moyen le plus rapide d'apporter le progrès de la sélection aux agriculteurs.
Ce qu'on recherche aujourd'hui au niveau de l'organisation semencière, c'est d'être capable demain par une façon mutualisée de pouvoir répondre aux grands enjeux ?
Absolument, c'est un peu la raison de la campagne de communication.
Pour beaucoup, nous sommes nés au sein d'un environnement dans lequel il y a une filière semencière construite, une certification des semences, une interprofession, nous avons l'impression que ça a toujours été comme ca mais ce n'est pas la réalité.
La réalité c'est que ce qui existe en France n'existe pas dans la majorité des pays du monde. C'est ce qui permet aux céréaliers français d'avoir un progrès génétique extrêmement important donc des rendements, des méthodes durables de production, etc..
Le jour où il n'y a plus de semences certifiées, uniquement des semences de ferme triées à façon, ce jour là, c'est la fin du progrès génétique et la fin de la filière telle qu'on la connait.
Voir aussi le communiqué de presse : Les brasseurs inquiets d'une moindre utilisation des semences certifiées
Cet interview est complété aussi par le témoignage de M. Saradin agriculteur à Lutz en dunois (28). Il revient sur les avantages qu'il reconnaît aux semences certifiées : simplicité, qualité, participation à la recherche et assurance du débouché.
Contact : Christian Saber
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