Conservation de la biodiversité cultivée : qui fait quoi ?
juin 2007
La préservation de la biodiversité est devenue une préoccupation environnementale majeure de notre société.
En agriculture, la biodiversité a été très largement enrichie par l'Homme à partir d'espèces sauvages qu'il a domestiquées depuis la préhistoire. L'Homme a ainsi créé des paysages, des races pour les animaux, des variétés pour les plantes. Le patrimoine génétique des plantes, sans cesse amélioré pour leur usage, est contenu dans les semences.
Ressources génétiques : réseaux et collections
nationales
Par sa tradition agricole associée à une politique de
prospection, d'acclimatation et d'amélioration des plantes, la France est riche
en ressources génétiques pour toutes les espèces cultivées sur son territoire,
en zones tempérée et tropicale. Ces ressources constituent un matériel original
et diversifié et représentent un véritable capital pour l'avenir.
La filière
semences a logiquement été la première en France à se préoccuper de conserver la
biodiversité cultivée : depuis plus d'un siècle, les semenciers répertorient,
décrivent et maintiennent les ressources génétiques (variétés anciennes et
nouvelles, populations, espèces apparentées...) de toutes les espèces
comestibles. Le travail de Vilmorin sur son catalogue au XIXème siècle reste à
ce jour une référence.
Dans les années 80, les pouvoirs publics français ont
adopté une stratégie nationale pour appuyer durablement la conservation des
ressources génétiques végétales. Celle-ci est assurée par les acteurs concernés
(entreprises de semences, instituts publics) qui partagent les responsabilités
et les tâches, sous l'égide du BRG*. Ils coopèrent au sein de réseaux (26 à ce
jour pour les espèces tempérées) et d'une plate-forme commune (pour les espèces
tropicales et méditerranéennes). Une partie des ressources génétiques ainsi
préservées sont regroupées en collections nationales (qui comportent aujourd'hui
environ 31 000 "variétés") ou internationales qui sont accessibles à
tous.
Ces activités s'inscrivent dans les différents programmes
internationaux : Plan d'Action Mondial pour les ressources phytogénétiques sous
l'égide de la FAO, programmes européens ECP/GR pour les espèces cultivées.
Quelques chiffres

Malheureusement, si les sélectionneurs ont des collections dans toutes les
espèces, certaines d'entre elles, et non des moindres, comme la pomme de terre
ou le haricot, ne sont pas encore partagées en réseau et ne font pas l'objet de
collections nationales. La France est également en retard dans la mise en place
d'une autorité responsable des échanges de ressources génétiques.
On peut
espérer que la nécessité pour notre pays de mettre en œuvre les traités qu'il a
ratifiés, et l'intérêt croissant de la société pour la biodiversité pousseront
tout gouvernement futur à prendre rapidement les décisions indispensables.
Des variétés anciennes de légumes
conservées et
commercialisables
Conserver la biodiversité est nécessaire, mais ne
suffit pas à satisfaire les demandes des utilisateurs et des consommateurs : ce
qui est conservé doit être caractérisé puis rendu disponible. C'est dans ce but
que les professionnels des semences potagères et les pouvoirs publics, soucieux
de valoriser le patrimoine français, ont mis en place en 1997 une liste de
variétés anciennes pour amateurs, qui permet d'inscrire ces variétés et de les
vendre aux amateurs. Les critères d'inscription sur cette liste sont plus
souples que ceux exigés pour les nouvelles variétés mises sur le marché
professionnel. Par ailleurs, contrairement au catalogue officiel, l'inscription
est quasiment gratuite, car son coût est totalement pris en charge par le Gnis,
la FNPSP* et le Geves*, et donc à la portée de toute personne désireuse de
conserver et de vendre ces variétés. Les variétés anciennes sont ainsi
conservées et vendues par des entreprises et artisans semenciers qui respectent
les règles, et donc les consommateurs, en leur garantissant la qualité des
semences et l'identité des variétés annoncées. Ainsi, plus de 250 variétés
anciennes sont inscrites sur cette liste, sans oublier toutes les variétés
anciennes du domaine public inscrites au catalogue pour
professionnels.
Aujourd'hui, la France est le seul pays de l'UE à avoir mis
en place une liste pour les variétés patrimoniales, mais une directive sur les
variétés menacées d'érosion génétique est en cours d'élaboration à Bruxelles,
qui devrait reprendre le concept de cette liste. Le volet sur les semences de
grandes cultures est dores et déjà rédigé, tandis que celui concernant les
potagères devrait être établi fin juin 2007.
* BRG : Bureau des ressources
génétiques
FNPSP : Fédération nationale des professionnels des semences
potagères
Geves : Groupe d'étude et de contrôle des variétés et des
semences
ECP/GR : Programme européen de coopération pour les réseaux de
ressources génétiques des semences.
Le catalogue des espèces et variétés
Le Catalogue a été créé en 1932 à la demande des agriculteurs. Il répertorie
les variétés, ce qui permet d'éviter que des variétés différentes soient vendues
sous le même nom, ou qu'une même variété ait des appellations différentes. Il
protège les acheteurs de semences d'une mauvaise surprise, lors de la récolte
par exemple. |
