Biodiversité : préservation et enrichissement

Biodiversité : préservation et enrichissement

octobre 2005

La biodiversité agricole est préservée par la filière semences, qui répertorie, caractérise, évalue, maintient et régénère les ressources génétiques indispensables à la création de nouvelles variétés.
La filière, en améliorant les plantes et en créant de nouvelles variétés, enrichit la biodiversité. Ces variétés, loin d'être privatisées, sont mises à la disposition de quiconque souhaite continuer le travail d'amélioration.


La biodiversité est un concept apparu dans les années 80, et qui a bénéficié d'une reconnaissance internationale suite au sommet de la terre de Rio en 1992, où la Convention sur la diversité biologique (CDB) a été adoptée.

La biodiversité exprime la variabilité, sous toutes ses formes, des organismes vivants : diversité des écosystèmes, des espèces et des gènes.

En agriculture, la biodiversité a été très largement enrichie par l'homme à partir d'espèces sauvages qu'il a domestiquées depuis la préhistoire. L'homme a ainsi créé des paysages, des races pour les animaux, des variétés pour les plantes. Le patrimoine génétique des plantes, sans cesse amélioré pour leur usage, est contenu dans les semences.

Qu'est-ce qu'une variété ?

Une espèce se définit comme un groupe d'individus, animaux ou végétaux, présentant des caractéristiques similaires et pouvant se reproduire entre eux, mais ordinairement stériles avec tout individu d'une autre espèce. Vaches, cochons, maïs, carottes, blé... sont des espèces.
Au sein d'une espèce, en agriculture, une variété est définie comme un ensemble de plantes pouvant être clairement identifiées par des caractères morphologiques, physiologiques et génétiques communs qui les distinguent des autres plantes de la même espèce. Après multiplication, ces caractères sont conservés s'il n'y a pas eu fécondation par une plante d'une autre variété.
Il existe plusieurs types de variétés, en fonction du mode de reproduction de l'espèce et du mode d'obtention de la variété :
- variété lignée pure : homogène, la variété se reproduit identique à elle-même ;
- variété hybride : issue du croisement de deux lignées ;
- variété clone : issue de la reproduction végétative (comme le bouturage ou le marcottage), tous les individus sont strictement identiques (cas de la pomme de terre ou de nombreuses ornementales) ;
- variété synthétique : issue de la reproduction contrôlée d'un nombre limité de plantes ou clones (cas de la majorité des plantes fourragères) ;
- variété population : souvent de vieilles variétés sélectionnées par les communautés rurales, dont certaines ont pu se maintenir à des niveaux d'homogénéité relativement faibles. Elles sont encore multipliées par des établissements de sélection (ces établissements maintiennent encore plus de 200 variétés d'espèces légumières et fourragères du domaine public).

Conserver les ressources génétiques 

Aujourd'hui, l'amélioration végétale est au coeur des métiers de la filière semences. Elle consiste à créer de nouvelles variétés à partir des variétés existantes, en les croisant entre elles et en sélectionnant les meilleures plantes issues de ces croisements. Pour cela, il est nécessaire de conserver toutes les sources potentielles de biodiversité du monde entier, des ancêtres sauvages aux variétés contemporaines, en passant par les populations anciennes. Cette diversité est une réserve de gènes où il est possible de puiser des caractères d'intérêt alimentaire, industriel, pharmaceutique ou agronomique (résistance aux maladies, adaptation...) : cette réserve constitue les ressources génétiques.
La conservation des ressources génétiques nécessite une gestion stricte : pour préserver les qualités d'origine d'une variété, il est indispensable tout d'abord de la répertorier, puis de décrire ses caractéristiques de façon précise. La conservation demande ensuite des techniques particulières pour éviter la dérive génétique des variétés, et ainsi préserver leurs caractéristiques propres.

La gestion des ressources génétiques exige ainsi des compétences pluridisciplinaires, des lieux et des modes de conservation variés et un suivi rigoureux. En France, la coordination de ce travail est assurée par le Bureau des ressources génétiques (BRG), à l'origine de la mise en place de la politique française de gestion des ressources génétiques, et qui participe aux programmes internationaux de coopération. Le BRG s'appuie sur une trentaine de réseaux organisés par espèce (maïs, carotte, betteraves, céréales à paille, colza...) et qui regroupent notamment entreprises de sélection et instituts de recherche publics.
Le rôle des sélectionneurs dans ces réseaux est essentiel : leur travail sur le terrain apporte toute la connaissance des variétés et de leurs caractéristiques génétiques. Ils caractérisent, évaluent et régénèrent de nombreuses ressources génétiques. Par ailleurs, certains d'entre eux ont été les premiers en France à collectionner des variétés et tous continuent de maintenir et bien sûr d'enrichir ces collections. D'innombrables variétés auraient aujourd'hui disparu si les semenciers ne les avaient répertoriées et préservées. Philippe-Victoire de Vilmorin a ainsi créé le premier catalogue recensant et décrivant les variétés en 1766.

Enrichir la biodiversité par la création variétale

Toutes les ressources génétiques sont une base de travail précieuse pour les sélectionneurs. Ainsi, c'est chez les ancêtres sauvages de la pomme de terre qu'on a trouvé des gènes de résistance à une maladie dévastatrice, le mildiou, à l'origine de la famine en Irlande au XIXe siècle.
Les espèces cultivées en France sont souvent originaires d'autres pays et même d'autres continents : le maïs et la pomme de terre proviennent d'Amérique latine, le blé du Proche-Orient... Il n'y a donc pas de populations ancestrales de ces espèces en France. Ce qu'on appelle variétés anciennes sont des variétés sélectionnées dans le passé, d'abord par les agriculteurs, puis par les sélectionneurs, pour les conditions pédoclimatiques françaises.

Toutes les variétés disponibles aujourd'hui pour les agriculteurs et les maraîchers sont le fruit de ce long travail des sélectionneurs, qui croisent entre elles les plantes pour obtenir des caractéristiques plus performantes, en termes agronomiques (résistance aux maladies, rendement...), ou technologiques (teneurs en acides gras, en protéines...) répondant aux besoins des consommateurs.

Pour tout renseignement supplémentaire,
le catalogue est consultable en ligne :
http://www.gnis.fr/pages/frame3_0.htm

Bien que 7 à 15 ans soient encore nécessaires pour créer une nouvelle variété, ce métier a considérablement progressé depuis 50 ans : les agriculteurs ne disposaient que de deux à trois variétés de maïs par région ; ils ont aujourd'hui le choix entre près de 1 200 variétés.
En 2004, la filière a créé 369 nouvelles variétés agricoles et 223 nouvelles variétés potagères. Encore ne s'agit-il que des variétés inscrites sur le catalogue officiel des semences et variétés, c'est-à-dire autorisées à être commercialisées après examen officiel.
En effet, pour être inscrite, la variété doit non seulement prouver qu'elle est nouvelle, mais aussi, pour les variétés agricoles, qu'elle est meilleure que celles existant déjà.
L'inscription au catalogue dure dix ans, période qui peut être renouvelée tant que la variété est vendue. De nombreuses variétés anciennes sont toujours inscrites au catalogue. Ensuite, la variété est maintenue dans les collections des sélectionneurs, et peut entrer dans les réseaux de conservation du BRG où elle est accessible à tous.

Protéger les variétés et les mettre à disposition

 Par ailleurs, les variétés, comme les oeuvres artistiques, sont protégées : il est reconnu à leur créateur des droits qui rémunèrent son travail. Comme il s'agit du vivant, une solution juridique originale imaginée par quelques pays européens a été mise en place : le Certificat d'obtention végétale (COV). L'originalité du système réside en un accès libre aux variétés protégées pour quiconque souhaiterait en créer de nouvelles : c'est ce que l'on appelle l'exception du sélectionneur. Cela assure la continuité de l'amélioration génétique des espèces végétales, tout en empêchant l'appropriation du vivant et en limitant les éventuelles situations de monopole. Par ailleurs, le COV autorise tout amateur à reproduire les variétés pour son usage personnel.
Aujourd'hui, une soixantaine d'Etats dans le monde adhèrent à la convention de l'Union pour la protection des obtentions végétales (UPOV), qui établit les bases du COV.
Pour répondre aux enjeux de société -environnement, sécurité alimentaire...- et préparer les défis de demain -biocarburants, biomatériaux, réchauffement climatique...- la filière semences préserve les ressources génétiques et enrichit la biodiversité en innovant chaque jour.

Les ressources génétiques sont
conservées selon deux modes principaux

  • In situ, les plantes sont laissées libres dans leur milieu naturel, avec un minimum de pression humaine, ce type de conservation concerne principalement les plantes sauvages. Les espèces cultivées, elles, sont maintenues dans le milieu agricole dans lequel elles ont développé leurs caractères distinctifs.

  • La conservation ex situ se pratique hors des pressions de sélection naturelle, souvent sous forme de banques de graines, elle permet de conserver de très nombreuses ressources dans un site restreint.

  • Entre ces deux modes de conservation, la gestion dynamique recrée, dans des environnements différents, des conditions d'évolution par sélection naturelle.

Traité international sur
les ressources phytogénétiques
pour l'alimentaion et l'agriculture

Adopté au sein de la FAO en 2001, ce traité est entré en vigueur en juin 2004. Il assure un accès facilité aux ressources génétiques végétales utilisées pour l'agriculture et l'alimentation. Si des produits nouveaux destinés à l'agriculture et à l'alimentation sont trouvés à l'issue de recherches sur ces ressources génétiques et si ces produits sont protégés par un système de protection qui en interdit l'accès ultérieur, le traité définit dans quelles conditions le fournisseur des ressources génétiques doit partager les avantages tirés du nouveau produit.

Point de vue

Philippe Baumaux est grainetier à Nancy. Depuis la fermeture de la boutique familiale, sa société vend semences potagères et florales par correspondance, avec pour spécialité les graines de variétés originales, rares ou innovantes, et de variétés anciennes. Parallèlement, elle maintient des variétés anciennes inscrites dans la liste du catalogue officiel des variétés destinées aux amateurs.

Philippe Baumaux,
directeur de la société
Graines Baumaux à Nancy

 Que recherchent vos clients ?

J'ai deux types de clients : les traditionnels achètent les variétés classiques, dont ils sont sûrs, et les curieux, moins nombreux, aiment bien tester les nouvelles variétés ou des variétés rares. Les variétés anciennes se vendent quand elles sont vraiment spécifiques, car elles sont souvent devenues obsolètes. Entre une variété de population ancienne et une variété hybride moderne, les amateurs préfèrent à 80 % la variété hybride, dont le résultat est meilleur et plus homogène. On peut juste regretter que cette homogénéité oblige à récolter tous les produits en même temps. Il n'y a pas d'étalement de la maturité.

Pensez-vous que la biodiversité disparaisse dans le domaine des potagères ?

Je ne suis pas d'accord avec certains adeptes de l'agriculture biologique ou des semences paysannes qui disent que la biodiversité disparaît. Au contraire, la filière semences a beaucoup travaillé et a sélectionné de nombreuses variétés qui n'existaient pas avant. La tomate, par exemple, a été rapportée d'Amérique du Sud au début du XVIIe siècle. Très peu de variétés étaient alors disponibles, tandis qu'aujourd'hui on n'a que l'embarras du choix avec des variétés de toutes les formes et de toutes les couleurs... (Ndlr : 7 variétés connues en 1856, 2 781 variétés disponibles en Europe en 2005, dont 312 inscrites au catalogue officiel français).
Malheureusement, les gens ne sont pas assez informés sur la multitude des variétés disponibles, et ils méconnaissent tout le travail d'amélioration qui a été fait par les sélectionneurs. Ainsi, nous consommons le haricot vert entier depuis une époque récente. Auparavant, il n'était pas question d'en manger la cosse, qui était dure et pleine de fils. Tout comme les jeunes pousses de légumes feuilles qui deviennent à la mode : il y a quelques années, il était inimaginable de manger crues les feuilles d'épinard.
Chaque pays a sa culture, son climat et ses habitudes alimentaires.
Le radis par exemple, est court, rose et blanc en France, alors que les Allemands consomment des variétés rouges, plus douces, ou plutôt blanches et longues jusqu'à 60 cm, que les Français prendraient pour des navets. En observant ce qui se vend dans toute l'Europe, on peut constater l'immensité de la biodiversité aujourd'hui.



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