Les semences et l'environnement

Les semences et l'environnement

septembre 2006

Réservoirs de biodiversité précieusement conservés, les semences de plantes cultivées sont sélectionnées depuis toujours pour limiter les besoins en intrants (pesticides, engrais, eau) et diminuer l'impact éventuellement négatif des cultures sur l'environnement.
Aujourd'hui, nombreuses sont les plantes qui peuvent être semées par les agriculteurs pour leurs effets positifs sur le milieu, mais aussi pour leurs débouchés non alimentaires écologiques.

semences et environnementDans un contexte où l'environnement est devenu un enjeu social, économique et politique, l'agriculture, en étroite relation avec le milieu naturel, est souvent accusée de nombreux maux.

Et pourtant, les agriculteurs, en cultivant les plantes, façonnent le paysage et l'entretiennent, grâce aux semences qu'ils peuvent cultiver et utiliser de façon adéquate.

Préserver et enrichir la biodiversité cultivée

La création de nouvelles variétés est le coeur de métier des semenciers, qui sélectionnent les plantes présentant des caractéristiques intéressantes pour les consommateurs, les transformateurs ou les agriculteurs, comme par exemple les résistances aux maladies. Ainsi, ils enrichissent la biodiversité de leurs créations qu'ils mettent à disposition des agriculteurs. Dans cet objectif, les sélectionneurs font des croisements avec des variétés présentant les spécificités recherchées. Ils vont chercher dans l'ensemble des ressources génétiques disponibles -variétés récentes, ancêtres sauvages, variétés exotiques, variétés de population...- conservées précieusement dans des collections et des réseaux. Les semenciers sont les premiers à avoir préservé la biodiversité cultivée. Ainsi, la plupart des variétés anciennes ne disparaissent pas, elles sont maintenues et mises à la disposition de tous grâce aux réseaux de conservation mis en place par les sélectionneurs privés et publics, et gerés par le BRG (Bureau des ressources génétiques). Plus de 250 variétés anciennes de potagères sont même disponibles à la vente auprès des jardiniers amateurs grâce à une liste créée spécialement dans le catalogue en 1997. L'initiative française a ainsi permis la diffusion de variétés comme le pâtisson blanc ou la tomate "noire de Crimée".

Réduire les intrants (pesticides, engrais, eau)


Le long des rivières, les bandes
enherbées évitent les ruissellement
des nitrates vers l'eau

Afin de satisfaire les besoins de la France après la guerre, les sélectionneurs de semences avaient pour mission d'augmenter le rendement des cultures, et ils ont pris en compte dès le début tous les facteurs, comme par exemple la résistance aux maladies. L'environnement, encore plus valorisé récemment, est une préoccupation constante des semenciers. Pour que l'impact des cultures sur le milieu soit le moins dommageable, les variétés de plantes sont sélectionnées selon plusieurs critères : résistance aux maladies ou aux insectes afin d'utiliser moins de pesticides, efficacité de l'absorption d'azote pour diminuer la fertilisation azotée, et donc les nitrates dans le sol, enherbement (surface occupée au sol) pour diminuer la présence de mauvaises herbes et donc l'usage d'herbicides, tolérance au stress hydrique... Ainsi, un cinquième des surfaces de blé en France sont des variétés modernes "rustiques" (enquête ONIC 2005), c'est-à-dire qu'elles ont la faculté d'avoir de bons rendements en conditions extensives, sans apport de pesticides ni d'engrais azotés (voir encadré page précédente et article p.7). La résistance aux maladies est un critère important pour l'inscription des nouvelles variétés au catalogue, qui conditionne leur commercialisation.

Par ailleurs, les semenciers se sont adaptés au cahier des charges de l'agriculture biologique, et multiplient les semences biologiques de près de 900 variétés, toutes espèces confondues.

Les OGM sont très controversés, ils participent pourtant à la protection de l'environnement : le maïs Bt, le seul cultivé en France, contient un transgène qui permet à la plante de résister aux dégâts causés par une chenille, la pyrale. Le maïs ainsi autoprotégé ne nécessite plus de traitement insecticide.

Préserver la biodiversité animale

D'abord concernés par la biodiversité végétale cultivée, les professionnels des semences se préoccupent aussi de la petite faune et des insectes. Les abeilles, par exemple, sont indispensables à la pollinisation de certaines espèces, comme le colza, le tournesol, la carotte ou l'oignon. Les agriculteurs multiplicateurs de semences sollicitent les apiculteurs qui implantent des ruches (près de 60 000) dans les parcelles de multiplication.


Les couverts végétaux :
des abris pour la petite faune

Afin de procurer des abris à la petite faune, les agriculteurs peuvent implanter des jachères ou des couverts végétaux, qui permettent au petit gibier et aux oiseaux de se réfugier. Les jachères apicoles sont constituées d'espèces riches en substances nutritives pour les abeilles, elles leur permettent de s'alimenter en bon pollen pendant de nombreux mois de l'année. Les mélanges pour jachères sont réalisés et testés par les semenciers, en fonction des besoins, du sol et du climat.

Les variétés modernes de blé réclament moins d'intrants chimiques que les variétés anciennes
Une étude* réalisée par l'INRA a comparé les rendements de 14 variétés de blé tendre inscrites entre 1946 et 1992. Les essais ont été réalisés avec ou sans apport azoté (engrais) et avec ou sans fongicide (traitement contre les champignons), dans cinq régions différentes.

Les résultats de cette étude montrent que les variétés les plus récentes ont un meilleur rendement que les variétés anciennes en conditions extensives (sans apport azoté ni traitement fongicide), et que ce rendement est plus stable en conditions défavorables (stress climatique ou maladie) que les variétés intermédiaires.Ainsi, les nouvelles variétés sont beaucoup moins dépendantes de ces apports d'autres intrants et leur rendement en culture extensive dépasse largement le rendement des variétés anciennes, contrairement aux idées reçues.

* Genetic improvement of agronomic traits of winter wheat cultivars released in France from 1946 to 1992. (Amélioration génétique des caractères agronomiques de variétés de blé d'hiver inscrites en France entre 1946 et 1992). M. Brancourt-Hulmel, G. Doussinault, C. Lecomte, P. Bérard, B. Le Buanec and M. Trottet.

In Crop Science 43:37-45 (2003)


Les avantages environnementaux des couverts végétaux

couverts végétaux pour préserver l'environnementEngrais verts qui assimilent l'azote atmosphérique et le rendent ainsi disponible pour les cultures suivantes ou pièges à nitrates qui en empêchent le lessivage vers les nappes phréatiques et les cours d'eau, les couverts végétaux ont de multiples avantages environnementaux. Les couverts sont souvent implantés entre deux cultures pour éviter l'érosion du sol nu l'hiver et l'envahissement par les mauvaises herbes, tout en restructurant le sol et en servant d'abri à la petite faune et aux insectes. Ils sont obligatoires le long des cours d'eau, en bandes enherbées, pour empêcher le ruissellement des nitrates.

Ils sont aussi utilisés en végétalisation, sur les talus de voies de chemins de fer, sur les pistes de ski, sur les terrains dégradés comme les décharges et, surtout, sur les terres en jachère. Les semenciers mettent à disposition des agriculteurs et des collectivités des mélanges d'espèces choisies en fonction de leurs aptitudes. Parmi ces espèces, la moutarde blanche, la phacélie, les trèfles, la luzerne, la vesce commune ou le ray-grass ont chacune des caractéristiques particulières. Certaines variétés de moutarde blanche ou de radis fourrager, par exemple, ont la capacité d'empêcher le développement de vers microscopiques, les nématodes, parasites de nombreuses cultures dont celles de la betterave et de la pomme de terre.

Protection des semences
L'évolution des techniques a permis d'appliquer certains traitements phytosanitaires directement sur les semences en limitant considérablement la quantité apportée, grâce à l'enrobage et au pelliculage, plutôt que de les pulvériser dans les champs.

Cette technique de protection des semences est réalisée en station, où les semences certifiées sont traitées par des fongicides et des insecticides selon des normes sanitaires et environnementales très strictes.

Des débouchés écologiques

Matière première naturelle et renouvelable, les plantes cultivées peuvent avoir des utilisations multiples : biocarburants, mais aussi plastiques biodégradables, lubrifiants, composants cosmétiques, textiles, biomatériaux. La chimie verte prend petit à petit de l'essor face à la pétrochimie.

Les plantes absorbent le dioxyde de carbone (CO2) de l'atmosphère et le remplacent par de l'oxygène. Un hectare de maïs absorbe par exemple autant de CO2 que quatre hectares de forêt.

Ainsi, les carburants à base de plantes, les biocarburants, ont un impact écologique positif sur la composition de l'air.

De nombreuses pistes d'amélioration végétale s'ouvrent à la recherche semencière dans cette perspective de nouveaux débouchés non alimentaires.

Tout le long de la filière, les semences, matériel naturel par excellence, respectent l'environnement. Sélectionnées dans des conditions très différentes, sur des sites multiples, pour leur permettre de résister aux aléas climatiques et aux maladies, les variétés sont identifiées et caractérisées pour permettre la meilleure adaptation possible des techniques culturales de l'agriculteur utilisateur. Les semences certifiées garantissent l'absence de mauvaises herbes et de maladies.



Point de vue


Joël GUIARDJoël GUIARD,
directeur adjoint du GEVES* et
secrétaire général du CTPS**.


Pour inscrire une variété au catalogue (obligatoire pour sa commercialisation), le ministère chargé de l'Agriculture s'appuie sur les avis du CTPS et sur les résultats des expérimentations conduites par le GEVES. Le CTPS constitue l'instance où s'expriment les besoins des agriculteurs, du marché, et les attentes de la société (environnement, qualité des produits de récolte...).

Quel rôle a le CTPS dans l'évolution des variétés cultivées ?

Le règlement du CTPS et les critères d'inscription sont des leviers importants pour orienter la sélection vers des variétés présentant plus de résistance aux maladies, une amélioration ou une diversification de la valeur technologique et un meilleur rendement. Ils permettent de promouvoir la qualité sans négliger la quantité, toujours importante pour des débouchés tels que les biocarburants. Notre système d'inscription est un outil de politique publique : le CTPS détermine des critères rendant impossible l'inscription de variétés aux caractères défavorables, avec par exemple des notes éliminatoires pour la sensibilité à des maladies, et promeut des critères de qualité.

Comment les critères d'inscription évoluent-ils pour répondre aux préoccupations environnementales ?

Pour être inscrite, une variété doit avoir de meilleurs résultats que les témoins, notamment en ce qui concerne la résistance aux parasites. Les critères de résistance sont pris en compte pour la plupart des espèces depuis de nombreuses années et ils acquièrent de plus en plus d'importance. Nombre de variétés dites anciennes telles que la tomate Marmande, sensibles aux maladies à l'origine, existent aujourd'hui sous le même nom avec des versions considérablement améliorées pour ces caractéristiques. Par ailleurs, pour toutes les espèces, d'autres critères sont pris en compte par les sélectionneurs et sont en cours de réflexion au CTPS, comme l'aptitude à une meilleure utilisation de l'azote ou la résistance à la sécheresse.


Le catalogue est souvent accusé d'appauvrir la biodiversité, que répondez-vous ?

En ce qui concerne la biodiversité au sein d'une espèce, la création variétale contribue à l'enrichir grâce à des croisements qui n'existeraient pas sans l'action du sélectionneur. Le catalogue est un outil qui permet de préserver la biodiversité car pour être inscrites, les variétés doivent toutes être distinctes et être maintenues sous forme de matériel vivant. Environ 500 nouvelles variétés sont inscrites chaque année. Ce n'est pas le catalogue qui réduit la biodiversité cultivée, mais le fait qu'un nombre limité de variétés inscrites sont cultivées.

*GEVES : Groupe d'étude et de contrôle des variétés et des semences.
**CTPS : Comité technique permanent de la sélection.

 



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