Le colza globe-trotter
juillet 2002
Le colza résulte de l'hybridation naturelle d'un chou et d'une navette. Cultivé depuis l'Antiquité en Europe du Nord et en Asie, puis en Europe occidentale depuis le XVIIe siècle, le colza a la particularité d'avoir beaucoup voyagé à travers le monde et de s'adapter à chaque territoire.
Le chou est originaire des zones maritimes de l'Europe occidentale et méridionale.
La navette a son aire de dispersion de l'Europe occidentale à l'Asie orientale.
De ce fait l'origine du colza pourrait être soit le sud-ouest de l'Europe, soit l'Asie orientale, voire les deux.
Culture du Japon et d'Europe, le colza a commencé de beaucoup voyager après la seconde guerre mondiale. Malgré une base génétique relativement étroite, il s'est adapté aux différents continents, comme le prouve son histoire. en Chine, dans les années 50, le colza fourrager a été transformé en colza oléagineux à partir de géniteurs européens. La Chine est aujourd'hui le premier pays en termes de surfaces de production. En effet, ces dernières sont passées de 0 à 8 millions d'hectares en cinq décennies.
Depuis les années 70, des variétés sans acide érucique sont sélectionnées. Dix ans plus tard apparaissent les variétés à basse teneur en glucosinolates, dites variétés double zéro.
Les grandes révolutions du colza
Le colza est une espèce originale, car elle a beaucoup été transformée pour ses caractéristiques technologiques. Sans l'intervention du professeur Stephanson au Canada, l'espèce aurait sans doute disparu du monde occidental, en raison de sa forte teneur en acide érucique réputé dangereux pour la santé. Les premiers géniteurs "zéro érucique" ont d'abord été sélectionnés au Canada. À la suite de cette première révolution, le colza
s'est fortement développé en Europe, puis en Australie.
La deuxième révolution a consisté à produire des colzas à basse teneur en glucosinolates. Le docteur Kryzmanski a découvert un géniteur : le premier colza appelé "double zéro", d'origine polonaise mais identifié au Canada. Cette variété est à la source de toutes celles cultivées dans le monde.
Ainsi, les sélectionneurs ont croisé ce parent avec des variétés locales pour introduire ce caractère, puis différents rétro-croisements ont permis de réintégrer ce dernier dans des variétés bien adaptées au contexte local.
Grâce aux nombreuses recherches effectuées par les sélectionneurs,
les cultures de colza se sont largement développées au Canada (6 millions ha), en Europe (4 millions ha) et en Australie (1,5 million ha). La France
est le deuxième pays producteur en Europe, avec 1 100 000 hectares.
Il existe deux types de colza : celui de printemps et celui d'hiver. Mais il est possible de fabriquer un type de variété adaptée à la fois aux semis de printemps et à ceux d'hiver, tel le colza de printemps australien, ou celui alternatif en Chine.
Entre 500 et 2 500 variétés
Pour enrichir la diversité génétique de leur collection, les sélectionneurs font appel aux ressources génétiques des collec- tions publiques. Ils passent également des contrats avec des partenaires de plusieurs pays (Allemagne, Chine, Russie...).
"Dans ces pays, on trouve des colzas génétiquement très éloignés des nôtres. Ils ont été cultivés et confrontés à des situations locales différentes. On utilise ces plantes dans nos croisements pour introduire les meilleures caractéristiques agronomiques, qui permettront d'améliorer la compétitivité de la culture locale et la productivité", explique Jean-Pierre Despeghel, chargé d'un programme de recherche mondial d'amélioration du colza.
