Made in Normandie
avril 2003
Si les vaches normandes sont aussi célèbres, les appellations d'origine contrôlée -Livarot et Pont-l'Évêque, entres autres- n'y sont pas étrangères. Au coeur du pays d'Auge, on ne badine pas avec sa réputation. Pas de bon fromage sans lait irréprochable, ni qualité de lait sans bêtes bien nourries. Mais quel est le secret ?
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la betterave fourragère est encore cultivée un peu partout en France, sur plus de 800 000 hectares. L'engouement pour le maïs ensilage (1), soutenu par la politique agricole commune, provoque le déclin de cette culture, qui concerne désormais moins de 20 000 hectares.
Aujourd'hui, de nouvelles préoccupations redistribuent les cartes. Les démarches qualité se multiplient en matière de production animale. Les éleveurs se soucient de plus en plus de l'alimentation de leur troupeau, pour leur image comme pour leurs produits.
Un régime drastique
Pour preuve, direction Boissey, dans le Calvados. Ici, la fromagerie Thébault, du groupe Fromagers de Tradition, fabrique des Livarots et des Pont-l'Évêque d'appellation d'origine contrôlée. Elle transforme chaque année la bagatelle de 3 millions de litres de lait cru fournis par une vingtaine de producteurs. Petite précision : la fromagerie travaille avec les signataires d'une charte qualité, exigeant un lait produit par des vaches de race normande, nourries d'herbe et de foin, sans ensilage.
Les contraintes liées aux systèmes d'alimentation à base d'herbe et de foin sont fortes (aléas climatiques...). Pour garantir le volume et la qualité de sa production, l'éleveur doit recourir à un fourrage d'appoint sûr. L'élimination de l'ensilage nécessite donc l'introduction d'un autre aliment hivernal, conforme au cahier des charges de la laiterie. Connue et utilisée depuis longtemps en France, la betterave fourragère répond parfaitement à cet objectif, tout particulièrement en Normandie.
Betterave fourragère : le retour
Appétent, disponible, facile à cultiver et originaire de la région, ce fourrage de qualité constante est aussi très riche en énergie et d'un faible encombrement. Il permet aux éleveurs de maîtriser l'alimentation de leurs vaches (sans ensilage) et de produire un lait répondant aux exigences requises. L' Association pour le développement de la betterave fourragère -en partenariat avec le GNIS- ne ménage pas ses efforts pour faire connaître l'intérêt de ce fourrage dans les démarches qualité initiées un peu partout en France. Les producteurs de lait normands ont ouvert la voie : création d'une association pour la défense des AOC Pont-l'Évêque et Livarot et, avec l'appui de la chambre d'agriculture, mise en place d'un contrat territorial d'exploitation (2) collectif avec les Fromagers de Tradition. Plus de sécurité alimentaire, toujours autant de saveur et belle image du pays d'Auge, pour un exemple à suivre.
(1) Maïs récolté, broyé, puis stocké sur une aire spéciale, recouvert d'une bâche en plastique pour fermentation, puis donné aux bêtes.
(2) Le 29 novembre 2002, le ministère de l'Agriculture a annoncé leur remplacement par des contrats d'agriculture durable.
AUTHENTICITE GARANTIE
La mention appellation d'origine contrôlée identifie un produit authentique. Elle garantit le lien entre ce dernier et un terroir aux caractéristiques bien définies. Désormais reconnue en Europe et dans le monde, elle consacre aussi une démarche professionnelle en faveur de la qualité et protège une notoriété acquise de longue date, au prix d'une discipline de fabrication rigoureuse.
Les produits laitiers d'appellation d4origine contrôlée, fromages en tête, représentent un chiffre d'affaires de 2 milliards d'euros. Ils partent à la conquête des marchés européens, y compris de ceux des pays du Nord. La Normandie compte à elle seule pas moins de 6 A.O.C. dont la seule évocation éveille l'appétit : beurre d'Isigny, camembert de Normandie, crème d'Isigny, Livarot, Neufchâtel-en-Bray et Pont-l'évêque. crème d'Isigny, Livarot, Neufchâtel-en-Bray et Pont-l'évêque.
