Artisan limousin de la semence bio
novembre 2004
L'exploitation de Jean-Michel Peulier peut paraître atypique. Dans cette "montagne limousine" où dominent l'élevage de bovins allaitants et celui du veau maigre, elle se singularise par une partie engraissement, un atelier de poules pondeuses, quatre hectares de culture légumière et un atelier de transformation. Et, depuis 15 ans, M. Peulier s'est lancé dans la production de semences biologiques.

"Jai diversifié les variétés petit à petit"
"On ne trouvait pas de semences bio, voilà ce qui m'a poussé à en produire. J'ai commencé avec des carottes, et avec la chance des innocents, mon premier essai fut une exceptionnelle réussite. Du coup, petit à petit, j'ai diversifié la production en introduisant des variétés que je n'utilisais pas moi-même, parce que la demande commençait à exister. Aujourd'hui, j'ai une surface dédiée d'environ un demi hectare."
La rencontre avec un établissement de vente attaché à la préservation de variétés anciennes a beaucoup joué. Durant ces quinze ans, l'établissement a misé sur le suivi des cultures et la formation. Même les conditions financières n'ont pas posé de problème.
"Je suis rémunéré par un pourcentage sur les ventes directes. Au final, malgré le décalage de trésorerie d'au moins un an et parfois deux, je ne suis pas mécontent car je suis désormais payé chaque année sur des prix qui sont en fait très élevés."
Une production centrée sur les variétés standard
Naturellement, M. Peulier a conscience qu'il ne travaille que sur des petits lots, avec un volume de travail manuel important et avec le confort d'une exploitation qui n'a pas de soucis d'isolement par rapport aux voisins, car il n'y a pas de production de semences dans son secteur.
J'ai visité des exploitations de collègues en bio qui font des surfaces plus importantes avec un entretien mécanique au tracteur. Nous, avec notre quinzaine de variétés, dont trois de haricots, six de cucurbitacées, nous travaillons autrement." Est-ce que la qualité et le rendement final sont au rendez-vous ? "Bien que n'étant pas un grand spécialiste des maladies, je dois dire que nous n'avons pas de problèmes particuliers de ce côté-là. En revanche, les aléas climatiques nous touchent comme les autres. Mais d'une certaine manière, comme nous n'avons que de très petits lots, il y a toujours moyen de sauver nos productions. Par exemple, récoltant mes ombelles de carottes humides à la main, je les mets à sécher près de radiateurs électriques sans avoir une grosse installation. Mais je suis un cas particulier."
L'exploitation, centrée sur le travail des variétés standards, ne peut répondre à la demande des maraîchers bio centrée sur l'obtention et les variétés améliorées. De la même manière, M. Peulier refuse de se spécialiser car cela l'obligerait à mécaniser et à ne travailler que sur un ou deux légumes. Et M. Peulier, en quelque sorte véritable agriculteur-multiplicateur artisan, ne souhaite pas emprunter cette voie pour l'instant.
