COP21 : Ne nous trompons pas de chemin !

COP21 : Ne nous trompons pas de chemin !

La 21ème conférence des Nations Unies sur le climat, appelée COP21, se réunira à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015. Je ne discuterai pas ici de la part des activités humaines responsables du réchauffement climatique, ni de celle des cycles naturels qui entraîne la modification de notre climat (trajectoire de sa rotation, position du noyau magnétique, irruption solaire, etc.) inhérente à l’histoire de notre planète.

En tout état de cause, nous sommes dans une période de changement climatique propice à imaginer des solutions alternatives et/ou complémentaires permettant l’économie des ressources fossiles qui sont à notre disposition et, ainsi, la diminution des rejets de CO2 dans notre atmosphère.

Je suis confiant en l’intelligence de l’homme :
- je pense au moteur à hydrogène pour lequel une production faiblement énergivore reste à imaginer,
- je pense au stockage de l’électricité, dont la couverture de nos bâtiments industriels et agricoles en panneaux photovoltaïques serait en capacité d’assurer notre besoin en énergie électrique,
- je pense aussi au savoir-faire des légumineuses et de leurs bactéries associées, transférées aux graminées. Elles pourraient fournir l’azote nécessaire à la croissance de nos plantes (plus de 800 brevets dont 600 chinois existent déjà sur cet embryon technologique).

Cette liste, loin d’être exhaustive, nous permettrait de répondre aux nouvelles exigences de la loi sur la transition énergétique car, pour la première fois, le secteur agricole est associé à l’objectif de réduction des émissions de CO2 : de 40 à 70 % d’ici 2050.

Cet objectif ambitieux, basé sur l’adhésion volontaire des Etats (les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et la Russie ne veulent pas d’accord contraignant) et que, pour l’exemple, la France pourrait transformer avec zèle en contraintes législatives et réglementaires et, en l’absence de solutions scientifiques et techniques, handicaperait de plus en plus notre économie.

Pour l’agriculture, deux pistes se profilent :
- Le changement radical de mode de production - prôné par Nicolas Hulot et ses adeptes - basé sur la réduction voire la disparition de l’utilisation des intrants. Ce serait alors l’apocalypse de notre agriculture basée sur une méconnaissance complète des mécanismes agronomiques avec toutes ses conséquences négatives non seulement sur le rendement mais aussi sur la qualité sanitaire de nos aliments et de notre économie agricole et agroalimentaire.

- Pour d’autres, beaucoup moins nombreux, c’est l’adaptation permanente de notre agriculture en fonction de l’avancée des connaissances et de leurs applications. Cette piste a bien entendu ma préférence. En effet, l’agriculture, en dehors de la forêt, est la seule activité qui, grâce à la photosynthèse, capte massivement le CO2 de l’air. Ce carbone ainsi capté, combiné à l’hydrogène de l’eau du sol, forme la base des réserves de la plante, utilisables par l’homme pour sa nourriture ou la chimie verte et cela sans augmentation de CO2 dans l’atmosphère.

De plus, l’enfouissement des résidus de nos récoltes a un rôle de séquestration de carbone qui augmente la teneur en humus de nos sols et ainsi maintient voire augmente leur fertilité.
C’est une piste de stockage du carbone dans les sols prônée par notre ministre de l’Agriculture à laquelle j’adhère.

Mais l’efficacité de ce piégeage est directement liée au rendement : la participation de notre agriculture aux réductions du gaz carbonique doit donc être calculée en termes de bilan.
Exemple : 1 hectare de blé conventionnel capte en moyenne (paille + grain + racine) 22 tonnes de CO2 ; les intrants nécessaires à sa production en émettent 1,5 tonne. Différence 20,5 tonnes. C’est 30 tonnes en moyenne pour 1 hectare de maïs. Mais pour l’hectare de blé bio, dont la production ne nécessite que 500 kilos équivalent CO² environ, sa capacité de captation se réduit à plus ou moins 10 tonnes.
Attention donc aux fausses bonnes solutions !

Je pourrais poursuivre ma démonstration en vous disant que l’augmentation de nos rendements - à intrants comparables – de 1 % par an en 10 ans, correspond pour la France à l’équivalent de l’ensemble des émissions de CO2 nécessaires à nos productions végétales. *

J’ajoute que l’agriculture productive a permis de doubler la production de céréales en 40 ans sur des surfaces identiques à l’échelle de la planète (plus ou moins 700 millions d’hectares*). Elle est et demeurera, compte tenu des réserves de productivité existantes, le meilleur allié de l’environnement en évitant, en grande partie, le défrichage de nouvelles surfaces pour satisfaire les besoins d’aujourd’hui ou de demain.

L’agriculture, dans les objectifs de la Cop21, peut apporter sa contribution. Elle n’est pas un handicap. C’est un atout.
Faisons en sorte qu’elle puisse pleinement s’exprimer en soutenant recherche et innovation, en aménageant les réserves hydriques nécessaires à une production agricole régulière et performante.
Ne nous trompons pas de chemin ! Pour l’instant, le plus efficient n’est pas encore très bien balisé !

Pierre Pagesse

* Sur les 700 millions d’hectares de céréales cultivés sur la planète, le doublement de la production a été réalisé à partir seulement de 50 % de ces surfaces.

 

EDITORIAL - Paysans n°353, septembre - octobre 2015



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