Les variétés s'adaptent : la ville et le végétal
avril 2003
Longtemps réservés aux nobles et aux puissants, fermés à la population, les espaces verts et les jardins sont désormais partie intégrante du paysage urbain. Ils jouent un rôle croissant dans le cadre de vie urbain et l'équilibre social des quartiers. Pour donner libre cours à la créativité et assurer leur entretien dans les meilleures conditions, les collectivités locales bénéficient aujourd'hui de l'amélioration constante des variétés...
Les premières traces des jardins, au sens d'un espace aménagé par l'homme dans un but d'agrément, remontent à l'Antiquité. Tout écolier apprend que les jardins suspendus de Babylone constituaient l'une des Sept Merveilles du monde. Mais l'art des jardins s'épanouit surtout à partir de la Renaissance. Parti d'Italie, le mouvement gagne progressivement le reste de l'Europe. Il se raffine aussi, avec la création d'écoles paysagistes, dont les disciples s'efforcent de codifier les règles de l'art. Nous connaissons, par exemple, la différence entre le jardin à la française avec son ordonnancement géométrique, et le jardin à l'anglaise, symbole d'une nature policée.
Du jardin privé au jardin public
Il faut cependant attendre le XIXe siècle pour qu'apparaissent les premiers jardins publics, liés aux progrès de la démocratie et de l'hygiène de vie. Dès lors, la création et la gestion des espaces verts deviennent une compétence à part entière des communes, dont les plus importantes se dotent d'un service spécifique.
Mais l'attrait pour la nature en ville ne cesse de se développer et le goût du public évolue. Désormais, une simple pelouse bordée de quelques massifs ne suffit plus au bonheur des citadins. L'aménagement des lieux publics se fait de plus en plus élaboré, recourant à de véritables compositions paysagères et à des espaces thématiques. Les jardins se voient également investis d'une mission sociale : leur implantation dans des cités HLM ou des quartiers difficiles contribue à améliorer le cadre de vie. Cette double préoccupation constitue le point de rencontre entre les responsables des collectivités locales et la filière des semences.
Technologie et fantaisie
En termes d'offre, les progrès de la création variétale favorisent un retour à la diversité végétale, qui fait oublier la monotonie de certains espaces verts du siècle dernier. Quelques chiffres permettent de prendre la mesure de cette évolution : de 34 en 1978, le nombre d'espèces de sauges est passé à 250 aujourd'hui ; en moins de 20 ans, les variétés de pivoine sont passées de 200 à plus de 800...
D'autres plantes font leur entrée dans les jardins, comme les fougères. Et que dire des bambous, hier synonymes de voyages lointains, et qui ornent désormais de nombreux jardins publics urbains. Une nouvelle tendance est à l'utilisation de légumes et de plantes aromatiques dans les massifs et lieux fleuris.
En termes de gestion et d'entretien, les progrès sont tout aussi spectaculaires, pour le plus grand bénéfice des élus et de leurs services municipaux.
Les cordons de la bourse
Quoi de plus banal, en apparence, que le gazon ? Pourtant, la sélection variétale a permis de créer et d'améliorer des variétés, et de les adapter à des usages spécifiques : gazon d'ornement, gazon de détente et d'agrément -celui sur lequel on peut marcher et s'allonger sans l'abîmer !-, gazon de sports et jeux... Il est désormais possible de choisir sa variété selon toute une série de critères : couleur, finesse, résistance au piétinement, capacité à pousser à l'ombre, vitesse de repousse (et donc intervalle entre deux tontes)...
Les enjeux économiques sont loin d'être négligeables. À Angers par exemple -550 ha de surfaces végétalisées pour une superficie totale de 4 700 ha-, l'introduction de la "gestion raisonnée des pelouses", qui s'appuie sur la diversité et la spécialisation de l'offre de semences, a permis d'obtenir des résultats spectaculaires. Désormais, la tonte ne représente plus que 4,9 % des tâches d'entretien des espaces verts.
Le Touquet
D'autres villes ont également mis en oeuvre une approche à la fois qualité et gestionnaire des espaces verts, tirant ainsi tout le bénéfice de l'amélioration variétale.
Créativité et technologie peuvent se combiner librement pour la qualité de l'environnement urbain... et le plus grand plaisir des citadins.
Jardins familiaux
Longtemps cantonnés au rôle d'appoint alimentaire, les jardins familiaux semblaient condamnés avec l'avènement de la société de consommation. Leur retour, qui ne cesse de s'affirmer, est pourtant l'un des faits marquants de ces dernières années. Les bailleurs sociaux (organismes HLM) en sont devenus de fervents promoteurs. Mais à la notion de nécessité se sont ajoutées celles de plaisir et de convivialité. Rénovés, ouverts aux familles et aux enfants, ces espaces sont des lieux de sociabilité.
Aujourd'hui, ils se doublent souvent de jardins pédagogiques ou jardins-écoles, initiant les enfants des villes aux rudiments de la nature. À ce titre, ils complètent l'opération "Jardinons à l'école" initiée il y a plus de 20 ans par le GNIS avec l'Éducation nationale. Dans le cadre du concours national des villes et villages fleuris,
le GNIS est à l'origine du Prix spécial du fleurissement des jardins familiaux collectifs. En 2002, celui-ci est allé à Longueau (Somme) et à Chevilly-Larue (Val-de-Marne).
www.jardins-familiaux.asso.fr
www.le-jardin-du-cheminot.asso.fr
Communes en fleurs
Le GNIS est un partenaire de longue date du Conseil national des villes et villages fleuris (CNVVF). Depuis sa création, en 1959, le concours national organisé par le Conseil est devenu une véritable institution, qui a contribué à l'embellissement de plusieurs milliers
de communes. De 600 collectivités lors de la première édition, le concours a franchi la barre des 10 000 en 1993. Et l'édition 2002 a compté près de 12 000 inscrits, soit le tiers du nombre total de communes. Près de 2 200 ont reçu le label lors de la dernière édition et peuvent apposer le célèbre panneau "Ville Fleurie" ou "Village Fleuri". Sur ce total, 161 sont classées "4 Fleurs", parmi lesquelles 63 Grands Prix. S'y ajoutent les "Trophées du Département Fleuri" décernés pour cinq ans et dont bénéficient 16 départements.
Pour sa part, le GNIS a initié le Prix spécial du décor potager, récompensant le mariage des fleurs et des légumes dans le fleurissement des communes. En 2002, ce prix a couronné les efforts de Flammerécourt (Haute-Marne).
www.villes-et-villages-fleuris.com
Point de vue
Jacques Perrin s'enthousiasme de la politique de fleurissement du Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine), ville dont il est le 1er adjoint.
Comment avez-vous mis en valeur les atouts du patrimoine ?
Le Plessis-Robinson a favorisé l'amélioration du cadre de vie en misant sur l'environnement vert. La ville jouit d'une situation privilégiée : entourée de bois, installée en bordure de la Vallée aux Loups, elle compte de nombreux espaces verts. Mais les atouts naturels ne suffisent pas, il faut se donner les moyens de sa politique.
La nature peut être un facteur de lien social...
Nous avons choisi de renouer avec la tradition en reprenant le principe des cités-jardins qui avaient fleuri entre les deux guerres. Cette idée révolutionnaire consistait à embellir les quartiers sociaux en mettant des parcelles de jardin à la disposition des locataires. Lors de la réhabilitation progressive des quartiers, nous installons de nouveaux jardins familiaux. Ainsi, 24 jardins ont été créés dans le seul quartier Joliot-Curie.
Les cultures au pied des immeubles ont un impact esthétique. Elles constituent des aménagements naturels protégeant et embellissant les abords d'immeubles. Ces espaces privatisés offrent aussi l'occasion de liens nouveaux entre les riverains. Ils favorisent l'émulation entre jardiniers, sous forme d'échanges de toutes sortes, idées, plantes, savoir-faire...
...lorsque l'émulation est étendue à toute la commune
Autre effort couronné de succès, la politique de fleurissement menée par la commune. Le concours de maisons et d'immeubles fleuris a transformé le visage de la ville. Il suscite de plus en plus d'inscriptions. L'effort de fleurissement date de 1991 ; nous avons reçu le label national "4 fleurs" en 2000 et le Grand prix national du fleurissement 2002. Ce classement parmi les cinquante villes les plus fleuries de France est un sujet de fierté. L'émulation est vive. Le fleurissement se poursuit à l'année, sans thème particulier. Nous veillons au renouvellement des couleurs, des formes, des volumes, des espèces, d'un quartier à l'autre. Les écoles s'impliquent dans la démarche et participent au concours. Cette politique a donc également une dimension pédagogique.
