Cultures OGM, conventionnelles et biologiques : la coexistence est possible
juillet 2003
Respect des attentes du consommateur, liberté de choix de l'agriculteur : la diversité des produits et des pratiques est plus que jamais à l'ordre du jour.
Les OGM ouvrent le débat sur la coexistence des différentes cultures. Conventionnelles et génétiquement modifiées peuvent-elles faire bon ménage ? Le point dans ce dossier.
Pas question d'imposer quoi que ce soit au marché. Le consommateur décide. Il souhaite pouvoir choisir entre un aliment génétiquement modifié ou non. De son côté, l'agriculteur opte pour tel ou tel mode de culture. Mais encore faut-il que ces préférences puissent s'exprimer, que le libre choix soit garanti. Cela suppose, en amont du produit final, une offre de semences adaptée et la mise en place de filières de production distinctes : un défi techniquement possible.
Objectif pureté
Avant l'autorisation de la mise en culture, les OGM doivent faire la preuve de leur innocuité vis-à-vis de la santé humaine et de l'environnement. Elles peuvent ensuite être cultivées dans l'Union européenne. Mais il reste à déterminer, en pratique, comment ces productions pourront cohabiter avec d'autres.
L'application de mesures de coexistence entre différentes cultures n'est pas nouvelle en soi. Les semenciers ont vite été confrontés à la question ; pour y répondre, ils ont développé techniques et savoir-faire, équipements et réglementation. La production de semences est encadrée depuis longtemps. Le contrôle de la qualité, initié par les professionnels dès les années 50, fut suivi par la mise en place d'une réglementation nationale -puis européenne- très stricte. Les semenciers bénéficient donc d'une solide expérience en matière de traçabilité. En outre, l'essence même de leur travail consiste à produire la semence la plus pure possible. À chaque étape, cette quête de pureté reste omniprésente. Ils doivent assurer en effet, dans une même station de semences, le stockage, le triage, le traitement et le conditionnement de dizaines de variétés, multipliant contrôles et précautions pour éviter tout mélange des unes avec les autres. Les règles de culture, de transport et de stockage sont tout aussi drastiques. L'objectif est de fournir aux utilisateurs -cultivateur, jardinier amateur, industriel- un produit de qualité irréprochable, notamment en termes d'identité variétale. Certaines vérifications, effectuées en laboratoire, portent d'ores et déjà sur l'empreinte génétique de telle ou telle variété.
S'appuyer sur l'expérience
En capitalisant sur ce savoir-faire, le développement de filières de production distinctes -pour les semences conventionnelles et celles génétiquement modifiées- est techniquement envisageable. À condition de concilier rigueur et réalisme.
Actuellement, pour chaque espèce, une norme minimale de pureté variétale doit être respectée. Elle est, par exemple, respectivement de 95 %, 98 % et 99 % pour le tournesol, le lin textile et le soja.
Castration des épis mâles de maïs pour
la reproduction de semences hybrides
Concrètement, il s'agit de mesurer, au sein d'une culture ou d'un lot récolté, la proportion de semences ayant la même identité génétique.
Rigueur et réalisme
Le niveau d'exigence est très élevé mais ne peut, techniquement, être absolu. La coexistence de filières de production de semences conventionnelles et OGM est possible en adoptant les mêmes méthodes.
La pureté d'un lot de semences peut être affectée lors de sa production principalement à deux niveaux : en premier lieu, dans la nature (croisement d'une variété avec une autre par dissémination du pollen) ; en second lieu, durant le stockage, le transport et lors des opérations de triage et de traitement. La culture de semences génétiquement modifiées suppose donc, au même titre que celle des autres semences, d'être encadrée. Elle exige, d'une part, la définition de règles de culture et de production rigoureuses : distances de séparation entre
les parcelles, lutte contre les repousses de précédents culturaux, calendrier de semis échelonné pour garantir un déca-
lage des périodes de floraison, contrôles au champ de l'identité et de la pureté variétales et séparation des lots lors de la récolte, du stockage et des opérations en usine. D'autre part, elle implique la tolérance d'un faible pourcentage de semences génétiquement modifiées dans un lot de semences dites conventionnelles.
Les professionnels s'accordent sur un seuil général de présence fortuite d'OGM de 1 %, correspondant aux contraintes techniques et agronomiques.
Au cas par cas
Culture de semences de maïs
Ce seuil doit être fixé au cas par cas en fonction des différences entre les espèces végétales. Selon le potentiel de dissémination de chacune d'elles dans les champs avoisinants, la probabilité de croisement varie et les mesures destinées à la réduire diffèrent. Ainsi, le taux de pollinisation n'est pas le même selon le mode de reproduction de la plante. Les semenciers parviennent aujourd'hui, dans un lot de blé conventionnel -espèce autogame (qui se féconde elle-même)-, à une présence de seulement 3 pour
1 000 de graines étrangères.
Pour d'autres espèces, qui se reproduisent par croisement entre plantes mâles et femelles, ce taux d'impureté variétale est naturellement beaucoup plus élevé. La fixation de seuils et de mesures adaptés à la coexistence de plusieurs systèmes de production dépendra également d'autres critères : données logistiques, conditions naturelles, spécificités locales.
La commission européenne, sous l'impulsion de Franz Fischler, planche sur ce dossier complexe (voir article page 3). Plusieurs options se dessinent. Quelles que soient les mesures retenues, l'objectif est de n'exclure aucun mode de culture de l'Union européenne, tout en préservant la liberté des agriculteurs et, au final, celle du consommateur.
Vous avez dit OGM ?
Etude de la dispersion du pollen de colza
Un OGM est un organisme dont le matériel génétique a été modifié artificiellement par l'homme. La trangénèse consiste à introduire un gène étranger (transgène) dans le génome d'un être vivant. Elle permet de le doter de propriétés nouvelles. Ce savoir-faire, développé ces dernières années, présente un potentiel considérable. La question actuelle porte sur la compatibilité de la culture d'OGM avec celle de plantes traditionnelles, sans risque de croisements ou de mélanges importants. Des études menées au Royaume-Uni, sur quatre types de plantes (colza de printemps et d'hiver, maïs fourrager et betterave sucrière et fourragère) et 260 sites, concluent positivement. De leur côté, les chercheurs danois ont annoncé qu'une coexistence entre cultures, dans le cas d'une production d'OGM limitée, serait possible pour le maïs, les betteraves, les pommes de terre, l'orge, le blé, l'avoine, le seigle, le lupin et les pois. En France, le Programme opérationnel d'évaluation des cultures issues des biotechnologies, regroupant des experts d'horizons divers, a identifié les paramètres nécessaires à la mise en oeuvre d'une gestion simultanée de deux productions de maïs, OGM et non OGM, tout en préservant les spécificités de chacune. Reste maintenant à passer du stade expérimental à celui de la culture à grande échelle, ce qui exige des mesures de coexistence adéquates et, surtout, la fixation d'un seuil réaliste de présence fortuite liée aux contraintes techniques et agronomiques.
Point de vue
Sénateur de la Manche, Jean BIZET a présidé la mission d'information sur les enjeux économiques et environnementaux des organismes génétiquement modifiés.
Il revient sur le rapport, annexé au procès-verbal de la séance du 15 mai 2003.
«La coexistence des cultures OGM avec les cultures conventionnelles et biologiques est l'une des questions centrales. Elle suppose la détermination d'un seuil européen de présence fortuite d'OGM. Concernant l'alimentation humaine, il est aujourd'hui fixé à 0,9 %. Un seuil inférieur serait techniquement et financièrement déraisonnable. Une directive (2001-18), visant plus particulièrement la mise en oeuvre de la coexistence de ces filières est en cours de transposition.
Les semenciers jugent déjà le seuil de 0,9 % trop bas et irréaliste. En effet, quand le seuil diminue, les coûts de production liés à son respect augmentent de façon exponentielle. En revanche, les environnementalistes le trouvent trop élevé. L'agriculture biologique campe sur un objectif zéro, techniquement impossible. Malheureusement, en France, nous sommes encore loin d'une approche rationnelle sur ce point, alors que l'agriculture biologique suisse accepte un seuil de 0,5 %.
En définitive, la place des OGM en Europe sera déterminée par le marché : nous verrons avec le temps si la société les accepte. Je pense que la question devrait se rationaliser dans l'esprit des consommateurs s'ils perçoivent directement l'intérêt des OGM, d'où l'attente des OGM de deuxième génération. De plus, il importe que les précautions techniques, le dialogue et l'information des maires s'établissent clairement.
L'agriculture européenne ne peut faire abstraction des biotechnologies. Que cela soit dans le secteur de l'agroalimentaire, de la pharmacie (60 % des nouveaux médicaments utilisent les biotechnologies) ou de l'industrie en général.
Je crois enfin que l'objectif d'un développement durable, tel que défini dans la conclusion du rapport annuel du World Wild Fund for nature (WWF), ne peut que prendre en compte les biotechnologies.»
COEXISTENCE
Les professionnels des semences et de la
protection des plantes prennent position
Ils sont convaincus que la question de la coexistence
entre cultures OGM, conventionnelles et biologiques
ne pourra être résolue tant qu'un seuil de
présence fortuite d'OGM ne sera pas défini.
Ce seuil devra être fixé au cas par cas à
un niveau technique et économique réaliste.
Cette position est reprise dans un document récent
de 12 pages, disponible gratuitement sur
demande écrite adressée au Gnis, avec mentions
de vos coordonnées et de votre fonction.
e-mail : evelyne.vinck@gnis.fr
Courrier :
Gnis - Service développement
44 Rue du Louvre - 75001 Paris
Fax : 01 42 33 89 19
