Groupement National Interprofessionnel des Semences et plants
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Surfaces prairiales : Les différentes méthodes de ressemis des prairies

21 avril 2017

Lorsque l’on décide de renouveler totalement la flore d’une prairie, plusieurs itinéraires culturaux sont envisageables. Plusieurs périodes sont possibles. Toutes ces situations ont en commun des points incontournables : détruire la flore initiale, bien positionner la semence afin de favoriser une implantation rapide, réduire la germination et l’implantation d’adventices, tout en conservant ou en améliorant les qualités agronomiques du sol.

Trois périodes particulièrement favorables pour les ressemis

On distingue 3 périodes possibles pour optimiser les semis : au début de printemps, en fin de printemps et en fin d’été.

Un semis en début de printemps permet d’obtenir un fourrage feuillu, sans épi, donc d’excellente qualité. Il sera disponible en juin-juillet, à une période où l’herbe commence à manquer dans les autres parcelles. Ce fourrage est adapté pour constituer des stocks d’herbe sur pied, dont la hauteur demande parfois d’être exploité en pâturage au fil. Un semis en début de printemps trouve parfois comme facteur limitant le fait que certains sols restent longtemps froids, ce qui handicape l’implantation. Il faut par ailleurs tenir compte du risque de gelée tardive qui peut endommager le jeune semis.

La deuxième période envisageable est la fin de printemps. A cette date, une récolte précoce de l’ancienne flore a été possible en ensilage ou en enrubannage. A cette période, les températures sont plus élevées, mais il faut évaluer la réserve utile en eau du sol, la production de l’ancienne flore a peut-être épuisé le sol en réserve hydrique. Il faut aussi ne pas semer trop tard pour éviter d’avoir de jeunes plantules exposées à des sécheresses estivales. Cette période de semis permet de ne pas perdre de productivité globalement sur l’année : une première coupe précoce sur l’ancienne flore et une production abondante, d’excellente qualité durant tout l’automne.

La troisième période possible est le mois d’août. Cette période est particulièrement intéressante car à cette date l’essentiel de la production de l’année est réalisé. La terre est chaude et la flore existante est moins concurrentielle qu’au printemps. Un minimum d’humidité est bien sur nécessaire. La parcelle entrera en exploitation dès la fin d’automne selon le développement et les espèces implantées. L’objectif est de ne pas laisser une hauteur d’herbe trop haute pour passer l’hiver.

Comment détruire l’ancienne flore ?

Dans une vieille prairie, on peut trouver beaucoup de plantes à rhizomes (chiendent), à stolons (agrostis, renoncule rampante), à gros pivot (rumex). Un désherbage systémique total permet de les détruire efficacement. Cette technique est particulièrement adaptée lorsque l’on désherbe à l’automne. En effet, durant tout l’hiver, on laisse travailler en particulier les vers de terre. Ils vont effectuer un véritable pseudo labour. Au printemps le sol est nu de végétation, laissant apparaître d’innombrables turricules de vers de terre. La terre est quasi prête pour le semis qui aura lieu tôt au printemps. Un très superficiel passage de herse rotative, suivi du semis, puis du roulage sont suffisants.

Le désherbage total peut aussi être réalisé au printemps ou en été, sur une végétation très active afin d’être sensible au traitement. Le semis peut être réalisé quelques jours après, avec du matériel adapté au semis direct, outil à disques ou à sabots, afin de bien positionner les semences dans la terre et non pas dans l’amas organique que l’on trouve en surface d’une prairie. Ces 2 techniques sont peu exigeantes en temps de travail et permettent de conserver la structure du sol et la portance, de maintenir la matière organique en surface.

Et les semis après labour…

Si on ne souhaite pas avoir recours aux produits phytopharmaceutiques, il reste le labour. Il faut savoir qu’il n’est pas toujours autorisé. Il présente d’ailleurs souvent des inconvénients : remontée de mauvaises graines (rumex), de cailloux, d’argiles denses ou du sable. La technique est exigeante en temps et énergie. Le labour dilue la matière organique, réduit la réserve hydrique et diminue la portance du sol.

Cependant, dans les cas où le labour est possible, il est nécessaire de passer le rotavator pour détruire le mulch et le feutrage en le mélangeant avec la terre, avant d’enfouir le tout. Si le labour n’est pas envisageable, il est possible de passer un outil du sol à disques en 2 passages croisés, à 5 à10 cmde profondeur pour déchausser les plantes, voire à une quinzaine de jours d’écart, puis d’un passage de herse rotative, tous ces passages en période plutôt séchante et ensoleillée pour épuiser et détruire les plantes. La multiplication des passages fait office de faux semis. Les touffes d’herbe déchaussées mortes sont moins gênantes si elles restent en surfaces que si elles sont enfouies.

Le semis est ensuite possible, précédé et suivi d’un passage de rouleau.

Les règles incontournables pour réussir

  • La profondeur de semis : il faut semer à1 cm dans la terre. Il faut donc prendre le temps de descendre de son tracteur pour contrôler. Pour bien maîtriser cette profondeur, il est conseillé de semer sur une surface la plus plane possible, d’où le conseil de rouler avant de semer.
  • Le plombage : une fois le semis réalisé, il est nécessaire qu’il y ait un fort contact terre-graine afin que les premières radicelles sachent bien s’ancrer. C’est pourquoi le roulage est essentiel. Des semoirs sont souvent équipés de rouleaux plombeurs.
  • La dose de semis : il faut viser une densité de 1 000 graines au m². Semer davantage mettrait trop les plantes en concurrence avec elles-mêmes, au détriment de leur pérennité. Semer moins risquerait l’apparition d’adventices. Pour aider à estimer la quantité de semences par hectare, le Gnis, par le site www.herbe-actifs.org, a mis à la disposition de tous un tableur qui permet de traduire des doses de semis de kg en peuplement, en tenant compte du MG (poids de 1 000 graines de l’espèce).
  • La répartition des graines : la répartition idéale est un semis dispersé et non pas en ligne. La plupart des semoirs sèment en ligne, mais il est souvent possible de réaliser un aménagement du semoir pour que les semences soient davantage dispersées en relevant les tubes du semoir par exemple. Toutefois attention : les semences doivent être recouvertes au risque de pertes à la levée importantes.
  • Un petit conseil en plus : comme une pelouse, faire taller par un rapide broyage lorsque la hauteur atteint 6 à8 cm, pour gagner en densité.

Contacts :

Bruno Osson
Technicien Développement
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Maïwenn Cougard
Attachée de presse
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