Groupement National Interprofessionnel des Semences et plants
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Surfaces prairiales : Comment optimiser leur exploitation ?

14 mars 2017

L’observation en cette fin d’hiver

Le sujet est vaste à traiter car il intègre de multiples aspects et dépend des observations que l’on peut faire à l’approche du printemps. L’analyse de chaque situation doit aboutir à la prise de bonnes décisions.

L’importance d’être performant sur le sujet est d’autant plus forte que le contexte économique est difficile. La prairie de qualité est une des réponses pour réduire les coûts de production, se rapprocher de l’autonomie fourragère. L’herbe de qualité est aussi un excellent vecteur de santé animale. C’est pourquoi nous vous proposons de nous suivre pendant quelques semaines durant lesquelles nous traiterons les différents aspects de ce sujet qui devraient vous permettre de faire le point dans vos exploitations.

Dans un premier temps, il faut définir ce qu’est une flore de qualité. Il y a 5 aspects à aborder pour cela : la quantité produite sur la campagne herbagère, la répartition de la production lors de la saison, les valeurs alimentaires en énergie et en protéines, l’appétence du fourrage et l’aptitude de cette flore face à l’objectif d’utilisation (pâturage, fauche, affourragement).

Pour être « au top », il faut actionner les 5 leviers d’amélioration de la prairie qui sont d’abord de comprendre et d’éliminer les causes possibles de dégradation, d’introduire de nouvelles espèces par le semis ou le sursemis et ainsi bénéficier du progrès amené par la sélection fourragère, d’exploiter l’herbe au bon stade, de raisonner la fertilisation et faire le point sur le pH enfin d’aménager le parcellaire.

Ce qu’il faut observer en cette fin d’hiver

Il y a 3 points à regarder : le recouvrement de la végétation, la morphologie de cette végétation, les plantes présentes et leur répartition.

  • Le recouvrement : pour cela il faut observer si l’on voit le sol ou la terre. Il ne faut pas voir d’espace nu. Un vide est réellement gênant s’il est supérieur à l’équivalent d’une assiette car il sera vite envahi par des espèces pionnières indésirables (mouron, pâturins annuels). Si le cas se présente il faut s’interroger sur les causes : taupinières, dégâts de sangliers, mortalité de plantes en hiver. En cas de vides importants, un sursemis s’impose pour anticiper et faire que s’y installent des espèces productives et adaptées à l’objectif d’exploitation.
  • La morphologie du couvert : les graminées peuvent se présenter en gazon, c’est-à-dire d’une hauteur régulière, avec une bonne densité de talles, ou à l’inverse se présenter en touffes. Ce type de couvert nuit à l’appétence et à la productivité. Les causes peuvent en être une mortalité éparse de plantes, ce qui permet aux graminées restantes d’avoir un maximum de lumière et de taller excessivement ou un piétinement excessif en mauvaises conditions qui laisse des trous. Dès qu’une graminée se présente en touffes, son appétence se réduit considérablement. Certaines plantes sont prédisposées à se mettre en touffes : le jonc, la houlque laineuse, la canche. Le hersage et surtout l’aplanissement de la surface réduisent le phénomène de touffes au profit du gazonnement.
  • Les espèces spontanées et leur répartition : le nombre d’espèces sauvages est très important, mais des événements vont les sélectionner et réduire leur nombre dans la prairie : c’est ce qu’on appelle la phytoécologie. Les 5 facteurs de phytoécologie sont : le type de sol par rapport à l’eau (humide ou sain l’hiver, séchant ou frais l’été), la fertilité du sol et son équilibre entre N, P et K, la profondeur de fertilité, le mode d’exploitation (fauche ou pâture) et la climatologie habituelle.

Il faudra donc, en arpentant la prairie, identifier les graminées, estimer comment elles sont mélangées (en mosaïque ou en mélange intime) et leur répartition tout au long de la parcelle. Une prairie est rarement homogène, du fait du sol mais aussi du fait de la fréquentation inégale des animaux sur la surface et donc du piétinement et des déjections.

Lorsque l’on fait son tour des prairies, il faut donc estimer l’homogénéité, identifier les espèces.

Lorsque l’on trouve une plante, il faut l’identifier, comprendre pourquoi cette plante est là (c’est la phytoécologie) et en estimer l’intérêt fourrager. L’intérêt fourrager se décline en potentiel de production, en appétence et en valeur alimentaire.

La première voie d’amélioration de la prairie étant d’éliminer les causes de dégradation, nous vous proposons de lister ci-dessous ces causes afin que peut-être vous y reconnaissiez votre situation.

  • Le surpâturage : sauf au moment du déprimage, la hauteur de pâturage ne doit pas descendre en-dessous de5 cm. La base de la plante est l’organe de réserve qui va permettre à celle-ci de redémarrer à chaque fois que la plante est défoliée, pour refaire de nouvelles feuilles.
  • Le sous-pâturage : faire pâturer une herbe trop haute (> 15 cm) est préjudiciable au tallage et source de gaspillage.
  • Le piétinement en mauvaises conditions : le pâturage en mauvaise portance laisse des trous, provoque de la mortalité de plantes, provoque le touffage des graminées et favorise certaines adventices comme les rumex ou les renoncules.
  • La fertilisation mal raisonnée : il s’agit là non seulement de la richesse en éléments mais de l’équilibre entre ceux-ci. Par exemple un excès d’azote par rapport à la potasse va favoriser des espèces nitrophiles comme les orties ou la houlque laineuse. La fertilité est souvent mal répartie. Celle-ci est forte près de l’entrée de la parcelle et des points d’eau, plus basse dans les parties plus éloignées. La fertilité est aussi impactée par l’activité biologique du sol qui peut être réduite par un pH bas, un mulch important, de l’ombrage, un niveau d’eau élevé, ou un tassement du sol.
  • La sénescence simultanée : en prairie temporaire, toutes les plantes ont le même âge. Il est donc normal qu’elles arrivent simultanément en fin de vie et s’effacent en cédant leur place à une flore spontanée.
  • Une flore mal adaptée à l’objectif d’exploitation : certaines plantes sont pénalisées par le pâturage, d’autres par la fauche. Si l’exploitation ne correspond pas aux plantes, la flore se dégrade rapidement.
  • Des accidents naturels : taupes, sangliers, gel, inondation, sécheresse exceptionnelle.
  • Des négligences : épandre du fumier mal émietté, rouler sur de l’herbe gelée, laisser des boules pressées trop longtemps dans la parcelle.
  • Absence de déprimage : exploiter l’herbe tôt, à condition que le sol soit bien portant, a un impact positif sur le tallage et la densité du couvert et au bilan on observe une productivité globale accrue et réduit les plantes dicotylédones adventices indésirables.

Le déprimage pourra très vite être réalisé et nous vous proposons d’aborder ce sujet plus en détail la semaine prochaine. C’est aussi le bon moment pour faire toutes ces observations et nous allons au fil de la saison vous aider à piloter vos prairies.

Contacts :

Bruno Osson
Technicien Développement
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bruno.osson@gnis.fr

Maïwenn Cougard
Attachée de presse
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