Groupement National Interprofessionnel des Semences et plants
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Surfaces prairiales : Comment optimiser leur exploitation ; Déprimer, c’est gagner !

21 mars 2017

La période du démarrage en végétation en prairie est une période clé où tout se joue en quelques semaines. L’impact est multiple tant sur la qualité, la productivité que sur la pérennité des bonnes espèces. Le déprimage influe également sur la dominance des graminées au détriment des plantes dicotylédones indésirables. Il est possible ainsi d’améliorer gratuitement ses parcelles, uniquement par un mode d’exploitation adapté.

Le réveil des plantes

Les graminées passent l’hiver en dormance, c’est-à-dire qu’elles sont en repos végétatif mais ne sont pas insensibles à ce qui se passe autour d’elles. Elles mémorisent notamment les sommes de températures et dès que la somme de degrés accumulés est atteinte, la dormance est levée. Chaque espèce pousse au-dessus d’une certaine température planchée qui varie selon l’espèce : 8°C chez le ray-grass anglais, 6°C chez la fétuque élevée, 7,5°C chez le dactyle, 4°C chez le pâturin commun, etc.

En se réveillant, la plante démarre son cycle de végétation, c’est-à-dire qu’elle va renouveler ses feuilles de façon cyclique, chez le ray-grass anglais par exemple cela correspond à environ 21 jours de pousse. Par contre, au printemps, si les feuilles sont consommées par un pâturage, la plante réagit, le cycle est cassé et la plante refait aussitôt de nouvelles feuilles plus longues, plus jeunes et plus vigoureuses.

Simultanément, la plante va taller davantage. La talle est l’unité de production de la plante. D’une talle sortent 2 ou 3 feuilles actives. La longueur des feuilles dépendra des conditions pédoclimatiques. La production d’herbe dépendra donc du nombre de talles multiplié par la longueur des feuilles. L’éleveur ne peut choisir les conditions climatiques, mais il doit tout faire pour augmenter le nombre de talles par mètre carré.

Le déprimage : le loto gagnant

Pour faire naître de nouvelles talles, il faut que la lumière parvienne à la base de la plante, sur les parties généralement blanchâtres. Dès que le pied de la plante est dans le noir et dès que l’herbe dépasse 15 cm, la plante ne talle plus. Donc en faisant pâturer tôt, dès que la dormance de l’herbe est levée, on favorise le nombre de talles, on remplace les feuilles petites, vieillissantes, qui ont survécu à l’hiver, par des feuilles plus longues et vigoureuses. Ce gazonnement est de surcroît un moyen biologique de lutter contre les dicotylédones indésirables, par le simple fait d’occuper l’espace disponible.

Un groupe d‘élèves de l’Institut Lasalle de Beauvais a mesuré l’impact du déprimage sur une collection fourragère d’une trentaine de parcelles. Les mesures faites à l’herbomètre, selon les espèces et variétés, c’est une différence de 800 kg à 1 700 kg de matière sèche en plus dans la partie déprimée. Le déprimage impacte positivement la pérennité des bonnes espèces car si une plante est vivace, la vie d’une talle est limitée à 14-16 mois. Donc renouveler les talles est une nécessité.

Pour les prairies de fauche en particulier, une exploitation réalisée alors que l’épi est déjà décollé du plateau de tallage et avant le stade épi-10cm provoque alors un étêtage. Il est alors constaté une épiaison retardée d’une quinzaine de jours. Ceci peut permettre de garder plus longtemps un fourrage sur pied sans perdre en qualité (important en cas de mauvaises conditions climatiques au moment de la fauche). Un étêtage précoce est donc encore plus intéressant dans les parcelles destinées à la fauche. Derrière une fenaison, dans les parcelles non déprimées, on retrouve souvent une flore ouverte, favorable à l’envahissement d’adventices et avec des repousses peu abondantes.

La mise en œuvre du déprimage

La difficulté de la mise en œuvre du déprimage est qu’il faudrait être partout en même temps avec les animaux. Alors pourquoi ne pas faire tourner très vite au premier passage, changer les animaux chaque jour de parcelle ? Dans les parcelles de fauche, surtout s’il n’est pas envisageable de faire pâturer, pourquoi ne pas faire broyer rapidement ? Il suffit dans ce cas de couper à 3 ou4 cmde hauteur lorsque l’herbe en fait 8. Ce travail est peu gourmand en énergie, l’herbe est tendre à couper. Le temps de travail est estimé à 30 minutes par hectare, soit un coût d’environ 20 euros, pour un gain d’au moins 1 tonne de matière sèche, un fourrage de meilleure qualité et une meilleure maîtrise des adventices.

Contacts :

Bruno Osson
Technicien Développement
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bruno.osson@gnis.fr

Maïwenn Cougard
Attachée de presse
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