Groupement National Interprofessionnel des Semences et plants
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Surfaces prairiales : Comment optimiser leur exploitation ?

30 juin 2017

Réagir face à la sècheresse, dans l’immédiat et sur le long terme

Après un hiver peu pluvieux et des réserves en eau dans le sol plutôt basses, la situation hydrique s’est nettement dégradée en avril, mai et juin avec peu ou pas de pluie. A cette situation, les températures caniculaires ont de surcroit aggravé la situation.

Il est donc urgent d’estimer les conséquences sur les prairies à court terme et de trouver des solutions pour palier au manque de fourrages. A côté de ces solutions à court terme, on peut aussi évoquer sur le long terme des solutions mieux adaptées au contraste climatique de plus en plus important.

Des espèces cultivées qui résistent en cas de sécheresse et de forte chaleur

La chaleur et le manque d’eau ont eu pour conséquences bien sûr le ralentissement ou l’arrêt de la production d’herbe. L’espèce la plus sensible à la chaleur est le ray-grass anglais dont la productivité ralentit dès 23° et s’arrête à 25°. Les feuilles fanent et jaunissent, mais la plante ne meurt pas et aura une bonne faculté de récupération dès que les conditions d’humidité et de température redeviendront favorables. Les fétuques élevées, les bromes fourragers et les dactyles sont plus tolérants à la fois à la chaleur et à la sécheresse. La fétuque des près est sensible à la sécheresse et peut disparaître. Le ray-grass d’Italie et le ray-grass hybride ont leur production qui croît avec la chaleur. Si leur système racinaire est bien développé, ils résisteront assez bien à la sécheresse. Seul le ray-grass d’Italie peut sécher et mourir alors que l’hybride pourra repousser dès le retour de conditions favorables.

En ce qui concerne les légumineuses, la luzerne est une véritable assurance, tant contre la sécheresse que les températures élevées. Le lotier a également une bonne adaptation à ces conditions exceptionnelles. Le trèfle violet et le trèfle blanc sont plus sensibles au manque d’eau mais apprécient chaleur et luminosité.

Et les prairies naturelles…

Pour ce qui est des prairies naturelles dont la composition floristique est le reflet des conditions pédoclimatiques habituelles, ces conditions inhabituelles vont provoquer une mortalité importante des pâturins, des fétuques des près, des houlques laineuses, des flouves et des crételles. Il faudra donc s’attendre à ce que des espaces dénudés apparaissent.  Ces espaces ne seront alors colonisés que par des espèces de peu d’intérêt, voire des missicoles comme le mouron, les matricaires, les pâturins annuels, le rumex, etc. C’est dans ces conditions que le sursemis est à la fois nécessaire et plus facile à réussir. Dans cette situation d’urgence, on peut envisager la solution de sursemer du ray-grass d’Italie, même en prairie naturelle : c’est l’espèce qui s’implante le plus vite et donc la mieux adaptée au sursemis. Sa productivité est importante mais sa pérennité faible, jusqu’à 18 mois selon le choix du type de variété. Si la situation est moins urgente, il est bien sûr préférable de choisir des espèces plus pérennes comme le ray-grass anglais.

Changez les pratiques d’exploitation et pensez aux dérobées

A ces circonstances difficiles pour la prairie vient s’ajouter le surpâturage. La prairie est excessivement courte, ce qui est un facteur supplémentaire de dégradation avec l’épuisement des plantes et l’invasion plus facile d’adventices. C’est pourquoi il est préférable de concentrer les animaux sur une parcelle ombragée et d’affourrager et ainsi, d’épargner l’essentiel des surfaces. Ceci sous-entend d’avoir du stock et ce sont souvent les réserves prévues pour l’hiver qui sont entamées. Par ailleurs, il faut penser aux cultures dérobées fourragères. Certaines espèces sont peu exigeantes en eau et aiment la chaleur : le moha, le millet perlé, mais aussi le sorgho. Ces espèces sont adaptées à des situations de chaleur et sécheresse mais avec des valeurs alimentaires faibles. Puis, en espérant des conditions plus favorables, il y a l’avoine rude, le trèfle d’Alexandrie, la vesce de printemps et les crucifères comme le colza fourrager ou les choux.

Sur le plus long terme, pour concevoir un système fourrager plus sûr face à des conditions climatiques contrastées, on peut concevoir des mélanges d’espèces prairiales dont une part importantes de plantes résiste au chaud et au sec. Au sein d’une espèce, on peut aussi tenir compte des aptitudes variétales à résister à ces conditions difficiles. Ces informations sont disponibles sur www.herbe-book.org.

C’est aussi l’occasion de redécouvrir l’exceptionnelle aptitude de la betterave fourragère qui, même si elle semble faner, redémarre jusque tard à l’automne sans préjudice. En effet, la betterave étant une plante bisannuelle, elle ne connaît la première année qu’une phase végétative. Un accident climatique au cours de la saison ne pénalise pas la plante à un stade particulier.

C’est dans ces circonstances climatiques qu’il est intéressant de redécouvrir la diversité des espèces et des variétés et que des solutions existent pour faire face à des situations inédites.

Contacts :

Bruno Osson
Technicien Développement
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bruno.osson@gnis.fr

Maïwenn Cougard
Attachée de presse
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