Groupement National Interprofessionnel des Semences et plants
0

L’agriculture bio et la filière semences sont-elles incompatibles ?

06 février 2017

La filière semences est trop souvent considérée comme adaptée uniquement aux attentes d’une agriculture conventionnelle. Pourtant, les agriculteurs bio recherchent eux aussi des variétés adaptées à leurs productions, et la sécurité d’être approvisionnés en semences et plants de qualité.

Les variétés classiques sont-elles adaptées à l’agriculture bio ?

Un agriculteur bio, qui ne peut utiliser de produits phytosanitaires pour protéger ses cultures, a un besoin primordial de plantes résistantes aux maladies et aux insectes. Or, c’est là l’un des axes majeurs de la création variétale.

Par ailleurs, de nombreux autres critères de choix intéressent l’ensemble des agriculteurs, conventionnels ou biologiques : les résistances au stress, au froid, la capacité à utiliser l’azote disponible, etc… C’est pourquoi, parallèlement à des recherches plus spécifiques, l’agriculture bio teste les variétés végétales classiques.

La Commission Grandes Cultures de l’ITAB (Institut Technique de l’Agriculture Biologique) anime depuis une dizaine d’années un réseau d’essais de variétés de blé tendre d’hiver, destinées à la panification. L’objectif est de repérer parmi les variétés actuellement vendues, celles qui répondent le mieux aux conditions de l’agriculture biologique. De plus, un réseau d’essais officiels est maintenant en place pour inscrire des variétés de blé spécifiquement adaptées à l’agriculture biologique.

De même, l’ITAB et le CTIFL (Centre Technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes) ont un programme commun de criblage variétal dans de nombreuses espèces potagères : aubergine, carotte, céleri, choux (chou pommé, chou-fleur…), concombre, courgette, épinard, haricot, melon, salades (laitue, mâche…), poireau, pomme de terre, tomate. Dans ces espèces potagères, il s’agit également d’identifier les variétés les mieux adaptées à l’agriculture biologique.

La qualité des semences est-elle la même pour l’agriculture bio et pour l’agriculture conventionnelle ?

La production des semences biologiques correspond à une double exigence : tout d’abord, les normes de qualité pour les semences et plants conventionnels s’appliquent aux semences et plants biologiques. Pour les espèces de grandes cultures couvertes par la législation semences, les semences biologiques commercialisées doivent donc répondre aux normes de la certification.
De plus, depuis 1991, le règlement européen de l’agriculture biologique impose que « les semences et matériels de reproduction végétative utilisés par les producteurs bio, doivent être biologiques et avoir été produites à partir d’une génération réalisée selon les règles de l’agriculture biologique de semences biologiques». Les productions de semences sont donc réalisées selon les règles de l’agriculture biologique.

Est-ce là une entrave ou une sécurité pour les producteurs bio ?

Les responsables sont affirmatifs : « En agriculture biologique, la semence doit être la plus performante possible. En cours de culture, nous n’avons pas tout l’arsenal chimique pour combattre les attaques d’insectes et de champignons », a déclaré Edouard Rousseau, agriculteur bio et président de la coopérative CORAB, spécialisée en semences biologiques. Avis partagé par Pascal Gury, vice-président de l’Agence Bio, très attentif à la garantie sanitaire des semences.

Les semences certifiées bio ne peuvent pas bénéficier d’une protection phytosanitaire pouvant faire obstacle à certaines maladies transmises par les semences. Pour y remédier, plusieurs voies de recherche sont en cours : des produits de traitement compatibles avec l’agriculture biologique, la thermothérapie, l’utilisation de micro-organismes en enrobage de semences…

Approvisionner les agriculteurs bio en semences de qualité, est-ce difficile ?

L’approvisionnement en semences de qualité des agriculteurs est l’une des raisons d’être de la filière semences. Pour les productions biologiques, cet approvisionnement était au départ difficile, car la demande est dispersée et pour des petites quantités.

Afin de permettre aux agriculteurs bio de trouver les semences et plants dont ils ont besoin, le Gnis, à la demande du Ministère, gère depuis 2004 une base de données qui permet aux fournisseurs de semences et plants bio de faire connaître les disponibilités variétales pour chaque espèce (www.semences-biologiques.org) . Ce travail, sur la base de données, est conduit en concertation avec l’INAO et la commission semences biologiques de l’INAO. Chaque année, le comité national AB de l’INAO réexamine la situation des différentes espèces végétales et son statut afin de prendre en compte les espèces pour lesquelles l’approvisionnement en semences et plants bio est encore délicat. C’est le cas en particulier pour certaines potagères, en pomme de terre, en pois protéagineux, en céréales et en plantes fourragères. Elle permet aussi, en cas de manque de semences bio, de demander directement des dérogations pour utiliser des semences conventionnelles non traitées.

Des réunions interprofessionnelles sont organisées pour mieux répondre à la demande en semences et plants biologiques dans ces différentes espèces. En 2017, une commission horizontale inter-espèces est mise en place au sein du Gnis réunissant différents acteurs de la filière issus des 5 collèges – sélection, production, multiplication, commerce, utilisation – représentant les espèces sur lesquelles travaille le Gnis. Cette Commission a plusieurs objectifs :

• Mettre en exergue les statistiques disponibles grâce à la Base Semences Biologiques et les mettre à disposition de tous,
• Faciliter la communication sur les semences biologiques à l’intérieur de la filière,
• Faciliter la communication de la filière sur les semences biologiques auprès de tous les acteurs concernés et du grand public,
• Lancer des enquêtes afin d’identifier et de lever les freins au développement des semences biologiques.

La filière des semences bio

2015 2016
Nombre de distributeurs 127 127
Nombre d’entreprises productrices 65 76
Nombre d’espèces produites 71 80
Nombre variétés produites (hors potagères) 223 257
Nombre d’agriculteurs multiplicateurs (hors Pomme de terre) 461 485
Surfaces en multiplication (ha) 7062 7566

Télécharger la fiche

Contact :

Maïwenn Cougard
Chargée des Affaires publiques et presse
01 42 33 88 29
maiwenn.cougard@gnis.fr